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Du même auteur :
Portraits Anarpatagraphiques - Souvenirs, gestes et opinions de quelques iconoclastes - De la Fourchette au Pied
Ubu et la manivelle à rien -Edmond Réaliste un savant dans son siècle.

gidouille à rienExtrait : Réaliste quitta Poitiers où il s’était installé dans une chambre de bonne au 108 Grand’Rue (abandonnant son poste de précepteur des fils de monsieur et madame Tiven, pharmaciens de leur état) et prit le train pour l’Italie via Paris (longtemps, semble-t-il, il hésita entre le train et le bateau). Le voyage dura quatre jours ; à son arrivée à Rome, il présenta à Schmol qui l’attendait sur le quai un livret qu’il avait rédigé pendant son voyage : ce n’était pas moins que ses célèbres Prolégomènes à une Étude Fondamentale de la Peinture Mécanique à l’Usage des Paysagistes16 qui, quelques années plus tard, révélèrent pleinement leurs idées novatrices dans les œuvres de Marcel Duchamp17. Réaliste séjourna un temps chez Schmol puis loua un petit appartement via delle Boteglie Scure, au 17. Là, il passe plusieurs semaines à lire le Tractabus Orbis Animalis Incognitis18 de von Strogl dont il traduit de larges extraits aujourd’hui peut-être conservés dans la bibliothèque des Vacantébadinés (Réaliste ne jugea pas utile de s’étendre sur le sort de ses traductions). Quand il ne travaille pas comme écrivain publique, il se promène beaucoup dans les rues de la Citée Éternelle en compagnie de Schmol. Ensemble, ils travaillent à de nombreux prototypes et publient dans divers bulletins (qualifiés à l’époque de " sciences parallèles " ou encore de " science limonaire ") de nombreux articles. Très imprégné de l’atmosphère de la ville, Réaliste passe beaucoup de temps place Saint-Pierre. C’est probablement vers la Noël qu’il décide de mener à bout son projet connu sous le nom de Annonciation Mécanique qui se présente comme un énorme mécanisme inspiré des automates bavarois. Mû par un seul homme grâce à une manivelle, cette machine destinée à prendre place au centre du choeur de la Chapelle Sixtine, devait montrer aux fidèles, grâce à de savants engrenages, rouages et autres artifices, les mystères de la sainteté de la Vierge et l’arrivée de l’Archange Gabriel. Il acheva les plans de la machine aux alentours de la fin de février 1882 et les présenta au cardinal Gianluca di Montecitorio le 16 mars (l’agenda dudit cardinal faisant foi autant que possible). Éconduit avec rudesse aux limites de l’état du Vatican, on lui interdit à l’avenir l’accès à la place Saint-Pierre sous peine de poursuites et c’est finalement entre deux carabinieri qu’il regagne son appartement après avoir payé une amende pour scandale sur la voie publique. Dès lors, il décide de rentrer en France le plus rapidement possible (cette fois, il choisit le bateau pour revenir en France et c’est à Marseille qu’il accoste). Toute sa vie Réaliste gardera en mémoire, à cause de cet épisode romain, un souvenir partagé de l’Italie, pays que pourtant il louait souvent aux autres comme une " terre sublime ou les artistes sélénites pouvaient à loisir élever leur âme "19. Avant de quitter définitivement l’Italie, il achète " pour presque rien " (sic) Mutismo Silenzioso, l’édition des œuvres complètes de Umbert Zoll Sukur Straussvitchen, un musicien turco-prussien totalement inconnu, décédé en 1841, dont il s’inspirera et dont il fera jouer plus tard une des deux symphonies20.gidouille à rien

Il s’attela à la traduction des textes théoriques de Straussvitchen sur la fabrication des instruments de musique dès qu’il fut installé dans le train qui le ramenait à Poitiers. Mais son propriétaire qui, pendant les six mois d’absence de Réaliste, ne vit pas venir l’argent que celui-ci lui devait avait déjà fait saisir les maigres possessions de son locataire par un huissier de justice qui les fit vendre aux enchères (notons ici que cette vente inopinée permit peut-être à certains poitevins éclairés d’acquérir à vil prix quelques uns des projets et manuscrits que Réaliste admit – à demi-mot seulement – avoir perdus dans l’aventure). De plus, comme il manquait encore une somme importante, une plainte contre Réaliste fut enregistrée par la maréchaussée. On s’aperçut alors qu’Edmond Réaliste, né en 1855, ne s’était pas encore acquitté (à vingt-huit ans) de ses devoirs envers la nation! Ainsi donc fut-il arrêté le 7 avril 1882 à Poitiers. Jugé, on le condamna à trois mois de prison et à payer une amende qui, parce qu’il n’avait plus un sou en poche, se commua en trois autres mois de réclusion auxquels s’ajoutèrent trois ans de service militaire. Cette période de sa vie fut à n’en point douter l’une des plus sombres mais aussi l’une des plus prolifiques. De sa cellule il écrit à Schmol, continue la traduction des œuvres de Straussvitchen, ébauche les plans de neuf de ses Aéroplanes pour Pêcheurs21 et finalement publie son Traité de l’Albalasse22 sur la mise au point des appeaux à cantilènes qui attirera sur lui et ses travaux l’attention du docteur Faust Korrigan (chasseur philanthrope et Grand Maître de la Confrérie des Tuilleries-Solénocycles)23. De cette rencontre fortuite (la première eut lieu vers août 1884, pendant une permission) naquit une indéfectible amitié qui culmina avec l’oraison funèbre24 que Réaliste écrivit et lut à l’occasion de l’enterrement du docteur Korrigan en 1914, dans la basilique orthodoxe de la Terrestre Anatomie Comparée des Anges.gidouille à rien

Le 27 juillet 1886 (il dut rester sous les drapeaux deux années supplémentaires pour, semble-t-il, insubordination) le soldat de deuxième classe Réaliste fut enfin libre de ses mouvements et c’est tout naturellement qu’il s’installa au château de Vacantébadiné, chez le docteur Korrigan. C’est à cette adresse que dix ans durant il vécut, au rythme de ses expériences sur la musique mécanique et des réunions du Club des Tuilleries-Solénocycles. Cette période marqua dans la vie d’Edmond Réaliste un important tournant puisqu’une large partie de ses œuvres majeures fut sinon réalisée, du moins pensée ou conçue grâce aux largesses du docteur Korrigan et de ses amis qui devinrent ses mécènes. Ainsi sa traduction de Mutismo Silenzioso vit-elle le jour et, pour la première fois, fut éditée dès 1889 assez largement pour avoir des retombées internationales (en particulier en Russie, en Prusse et en Suisse). Réaliste peut également donner suite à ses études sur l’albalasse dont il réussit à créer un prototype utilisable (bien que peu pratique si l’on s’en réfère à la description qui suit) qui fut présenté à l’exposition annuelle des artistes-chasseurs de 1894 dont nous avons retrouvé un catalogue qui nous décrit l’objet avec précision :

Pièce numéro 25 : Dû à Monsieur Edmond Réaliste, cet instrument est l’unique exemplaire en son genre et sert exclusivement à déloger une cantilène dissimulée dans un sous-bois.

Il a pour nom " Albalasse " et se compose d’un tube d’argent d’environ cinquante centimètres préalablement traité selon un procédé dérivé de l’électrolyse de sorte que son lustre s’altère de fines traînées vert de gris. Ce tube est percé en son tiers inférieur de huit trous espacés entre eux de quatre centimètres, obturés par autant de clés qu’une pression du doigt peut commander de sorte que ces trous peuvent être ouverts à volonté en toute aisance. La partie supérieure du tube s’achève par un crible hexagonal dont la grille fut ciselée dans la base d’une colonne chryséléphantine d’un temple du troisième siècle avant notre ère dédié à Bacchus. Des orifices de ce crible (au nombre de soixante et un) dépassent quarante et une pointes faites chacune d’un alliage très fin de quatre métaux et trois minéraux (dont un). Enfin au milieu du cylindre se dessine une embouchure modelée à la semblance d’un bec de canard par laquelle il est possible d’utiliser l’appareil. "gidouille à rien