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L’homme sauvage ou aventures d’Azeb, Zidzem et Zaka.inné ou acquis ?

par Mercier

 

Sponte suâ lege fidem rectumque colebat. Ovi. Metam. Lib. I.

 
INTRODUCTION.
Le chevalier Baltimore fut envoyé en Amérique, en 1672, par la cour d’Angleterre. Il joignit la sagesse et la modération à l’esprit du gouvernement, et une prudence consommée à tout le feu de la valeur. On le vit toujours aussi fidèle aux leçons de l’expérience qu’aux inspirations de son propre génie. Il ne donna rien au hasard, dans une place où il pouvait tout oser.
Ce fut avec la joie la plus vive qu’il reçut le poste honorable que lui confiait sa patrie. Avide, dès l’enfance des relations du Nouveau-Monde, il avait mis, dans tous les temps, son étude et son plaisir à chercher les traits primitifs de la nature humaine, si défigurée par toutes nos institutions. Il voulait connaître l’homme tel qu’il est sous l’empire de la nature, et savoir s’il est né bon, ou s’il porte originairement, dans le cœur, ce germe de cruauté qui se développe quelquefois d’une manière si terrible pour l’intérêt de ses moindres passions.
Le chevalier avait consulté avec soin les livres des voyageurs : il avait suivi les raisonnements des philosophes ; il avait tout entendu, pour se former une juste idée du caractère de ces peuples nouveaux ; et, par ce moyen, il avait cru pouvoir démêler ce qui appartient à la nature, d’avec ce qui est le fruit de l’éducation et de l’usage.
Mais, après avoir beaucoup lu, que trouva-t-il ? Des récits qui se contredisaient, des jugements opposés, et quelques faits particuliers donnés pour des coutumes générales. Il vit que l’habit de missionnaire ou de commerçant avait dicté leurs opinions diverses, et que l’amour du merveilleux avait été le faible des voyageurs les plus intrépides.
On vantait le bon-sens naturel des Indiens ; et comment le concilier avec l’extravagance de leur culte ? On exaltait leur courage ; mais à chaque pas la plus misérable superstition semblait le démentir.
Le chevalier parvint peu-à-peu à dédaigner les sources où il cherchait à puiser ses connaissances difficiles ; il ne courut plus avec empressement au-devant du premier voyageur qui débarquait ; il ne crut que ses propres réflexions et son cœur : mais son cœur devint pour lui un interprète infidèle.
En se mettant à la place d’un homme qui vit sous les lois simples de la nature, en suivant ses mouvements et la progression de ses idées, en analysant ses sensations, en composant les lois ou les opinions, qu’il peut se forger, il ne fit, comme bien d’autres, qu’embrasser ce qui plaisait à son imagination.
Il avait écouté la voix de son cœur qui était généreux, et son cœur lui avait assuré que l’homme est né bon : ainsi, il avait jeté le caractère de tous les hommes dans un même moule ; et, après leur avoir prêté toutes les idées de sa raison exercée, il s’était applaudi de l’heureux plan de son admirable système.
Un voyage qu’il fit en Amérique lui donna cependant lieu de le soumettre à un nouvel examen. Ce fut là qu’il fit la connaissance de Williams, Indien, qui avait vécu longtemps dans un état absolument sauvage. Williams était auparavant connu sous le nom de Zidzem. Zidzem, par une suite de son étonnante destinée, avait été conduit à Londres, ramené en Amérique, et après plusieurs aventures singulières, s’était établi dans le comté de Kilkenny, au midi de l’Irlande, où il vivait en sage, d’un bien acquis par une honnête industrie.
Ce fut une rencontre bien précieuse au chevalier Baltimore qui, allant visiter ses terres en Irlande, retrouva cet Indien et se l’attacha par les avances de la plus tendre amitié.
Elle ne tarda pas à devenir mutuelle : alors le chevalier se flatta de pouvoir apprendre avec certitude, quels étaient les mouvements naturels et les passions primitives du cœur de l’homme, jusqu’ici l’énigme la plus inexplicable qui soit dans la nature.
Williams possédait une conception vive et facile. Ses voyages l’avaient formé dans plusieurs connaissances, et son goût pour la lecture avait enrichi son esprit de mille traits instructifs. Les bons écrivains, tant anciens que modernes, ne lui étaient pas inconnus. Lorsque leur amitié fut parfaitement cimentée, le chevalier exigea de son ami qu’il mît par écrit tout ce qu’il avait éprouvé depuis sa plus tendre enfance jusqu’au moment où il s’était trouvé parmi des peuples policés. Il voulut encore qu’il décrivît et ses premiers penchants, et ses premiers désirs, et le fil de ses idées ; qu’il rapportât dans le plus grand détail ce qui l’avait affecté le plus vivement, et de quelle manière surtout il l’avait été.
Son ami se refusa plus d’une fois à cette demande, parce qu’il sentait toutes les difficultés de l’exécution. Comment, en effet, se rappeler des sensations primitives, effacées et détruites par tant d’autres ? Comment retrouver la chaîne de ses propres idées, et le nœud invisible qui a servi à les joindre ? La mémoire ne suffit pas pour cette grande opération.
Cependant, après avoir réfléchi très longtemps, être descendu dans lui-même, être revenu sur ses premières années, il se rappela un certain nombre de faits, dont rien n’avait pu effacer l’impression ; et cédant aux ardentes prières de l’amitié et de la philosophie, il envoya l’histoire suivante au chevalier Baltimore. Celui-ci, dans le premier transport de sa joie, en fit part à un de ses amis, aussi curieux que lui sur cette intéressante matière. Cet ami a commis une petite infidélité en faveur d’un de mes parents, et je publie l’histoire pour expier sa faute.
Que celui qui voudrait proscrire ce tableau de la nature humaine, réfléchisse avant tout et craigne de se tromper. Qui osera affirmer que la nature seule est une mauvaise législatrice ? Qui osera condamner les actions et les pensées d’un sauvage, lorsque, retenu dans une ignorance invincible, il suit ce que l’instinct et le sentiment lui prescrivent ? Sera-ce l’homme civilisé, l’habitant des villes, chez qui tous ces traits primitifs sont altérés ? Ah ! respectons plutôt cet instinct sacré, donné par l’Auteur de tous les êtres, et souvenons-nous que plus l’homme cherche à l’obscurcir, à l’étouffer, plus il s’éloigne de la félicité.

 

 

Chapitre premier

(Williams parle à son ami jusqu’à la fin de l’ouvrage).

Qu’exigez-vous de moi, cher chevalier, lorsque vous voulez que je vous décrive le véritable état de mon âme dans ces temps où la nature seule m’inspirait, où, heureux dans la solitude des montagnes de Xarico, je vivais avec la tendre Zaka, criminelle et innocente à la fois ? Vous oubliez que vous allez rouvrir des plaies qui saignent encore ; vous oubliez que, pour vous obéir, il me faut éprouver la plus vive des douleurs. Mes larmes arrosent le papier..... Ah, Zaka, malheureuse Zaka ! la religion condamne les pleurs que m’arrache ton souvenir : je le sais aujourd’hui ; mais la nature, mais mon cœur ne peuvent les retenir.
Ferai-je un fidèle portrait de moi-même ? Me peindrai-je avec un cœur dépravé ? moi qui, dès le premier instant où j’ai senti mon existence, ai chéri la vertu, avant même que ma bouche eût appris à prononcer son nom.
Cependant l’infortuné Zidzem a été déclaré publiquement coupable, lui qui se flattait d’être innocent ! Que ce souvenir m’est cruel ! On est donc coupable sans le savoir. Eh ! pouvais-je deviner les lois établies pour la tranquillité ou la félicité d’un grand peuple, tandis que j’étais seul dans un désert.
Voici mon histoire : elle justifiera peut-être, mais elle servira très peu à éclaircir vos doutes. Vous voulez approfondir de grandes questions, dont la solution passe, je crois, notre portée. La raison de l’homme, abandonnée à elle-même, peut-elle s’élever à la connaissance d’un créateur ? Peut-elle éclairer par degrés notre faible entendement ? Est-il possible enfin à l’homme de connaître le véritable rapport de ses devoirs ? Oh ! ne désirez-vous rien de trop, cher chevalier ? Vous-même jugez-vous.
Tous les hommes auraient-ils agi comme moi, s’ils se fussent trouvés dans ma situation ? et d’après ce que l’un a fait, peut-on décider de ce que l’autre aurait pu faire ? Sans doute nous avons besoin d’une main céleste qui nous conduise dans une route aussi incertaine ; mais est-il possible à l’homme de réfléchir sur lui-même, d’écouter la voix secrète de son cœur, et de remonter ainsi aux principes de cette loi sublime et invariable, qui dirige tous les êtres ? Aura-t-il absolument besoin d’un secours étranger pour sentir l’existence d’un premier Etre ? La vertu est-elle incompatible avec l’ignorance ? Le cœur n’a-t-il pas ses lumières, et plus pures que celles de l’esprit ? Hélas ! avant que l’Eternel eût daigné faire descendre sur la terre ces vérités lumineuses et consolantes, la raison n’avait-elle pas su les entrevoir ? Ne portons-nous pas le germe d’un sentiment actif, qui ne demande que la moindre étincelle pour croître et se développer ?
Je vous envoie mon histoire, parce que vous êtes mon ami, et que j’aime à vous avoir pour témoin de toutes mes pensées. Mais dérobez-les, je vous prie, aux yeux de ces hommes qui veulent exercer un despotisme sur les esprits, et qui font un crime de ne point adorer leurs prétendus oracles. Nourris dans les disputes de l’école, accoutumés à recevoir les idées anciennes, ils prononcent hardiment sur l’homme qu’ils ne connaissent pas, et lancent ensuite leur foudre sur le fantôme qu’ils ont imaginé. Évitez ces docteurs vains, leur orgueil et leur intolérance. Ils voudront vous persuader que Zidzem, qui va vous crayonner la sensibilité de son cœur est un libertin, un insensé, peut-être un impie qui, sous un air de simplicité, cache le coupable dessein de renverser leur système. Ils se vengeraient à juste titre : le bon Zidzem a quelquefois été curieux de s’enfoncer dans le dédale obscur de leur philosophie scolastique, et il s’y est égaré avec eux ; mais du moins il a ri, en sortant de leur pompeuse école, tel qu’un homme sage, en s’éveillant, se moque du songe ridicule qui a fatigué ses sens.
Pourquoi aussi n’a-t-il adopté leurs chimères ? Pourquoi n’a-t-il pas reconnu cette perversité originelle qui, selon eux, est notre partage ? Pourquoi a-t-il cru qu’on pouvait lire la grandeur et la magnificence du Créateur dans la voûte du firmament comme dans un livre ? Pourquoi a-t-il pensé que le juge incorruptible, qu’on ne trompe point, réside en nous-mêmes ? Pourquoi a-t-il découvert que toutes les fables, dont la terre est remplie, ne sont que des emblèmes d’une idée primitive et qui appartient à tout homme qui, au lieu de disputer, ne veut que sentir ! Faut-il des arguments pour adorer ? Faut-il compulser des livres pour apprendre à être juste et bon ? N’est-on généreux, compatissant, qu’à la suite de longues études ? L’innocence ne suffit-elle pas, et n’appartient-elle point au premier mouvement de l’âme ? Je ne suis ni philosophe, ni savant ; je n’ai point, comme eux, l’ambition d’élever un système sur un échafaudage de mots. Je ne veux être ici que l’historien de mes sensations, et des idées qu’elles m’ont fait naître.
Chapitre II.
Je suis né parmi les Chébutois, peuple du sud de l’Amérique, peuple longtemps illustre et vainqueur. Pardonnez si je me fais gloire de ma patrie, et si je laisse entrevoir quelqu’orgueil au nom de ma nation.
Avant que l’avarice et la cruauté, sous les vêtements d’une religion sainte, eussent trouvé le chemin de l’Amérique, pour effrayer un nouveau monde de l’assemblage horrible de tous les crimes, les Chébutois étaient un peuple aussi renommé dans l’Amérique, que les français le sont aujourd'hui au milieu de l’Europe. Ils ont donné des habitants, des rois et des lois au Pérou.
Lorsque j’ai commencé à lire les auteurs Européens, j’ai cherché avidement ce qu’ils avaient dit du bon incas Cabot, qui avait régné sur tant de millions d’hommes, et qui, malgré l’étendue de son empire, avait su les rendre tous heureux ; ce qu’ils avaient pensé du sage Zulma, du victorieux Ozimo qui triomphait pour pardonner, et de vingt autres monarques distingués par des vertus héroïques et particulières. Quels furent mon étonnement et ma douleur, de feuilleter vainement une prétendue histoire universelle, et de ne pas trouver leurs noms, pas même celui de ma patrie ! Mais à la place de ces noms sacrés, je lus l’énumération de toutes les folies d’un certain Jacques, les attentats multipliés d’un Henri, qui faisait couper la tête à ses femmes l’une après l’autre, pour en épouser une nouvelle en sûreté de conscience, et combien de maîtresses avait entretenu un roi voluptueux, nommé Charles.
Quoi, dis-je en soupirant, la vertu, la sagesse, la valeur de Cabot, de Zulma, d’Ozimo, sont restées inconnues, et la sottise, les crimes de ces indignes souverains sont éternisés ! La pensée que, dans quelques siècles, ces livres périraient sans doute avec la mémoire de leurs héros, fut la seule chose qui servit à me consoler.
Lors donc que les Espagnols, guidés par la soif de l’or et du sang, la foi et la rage dans le cœur, la flamme et la croix à la main, abordèrent les malheureuses contrées de l’Amérique, les Chébutois n’inspirèrent pas plus de pitié que les autres peuples. Ces Européens, altérés d’or, attaquèrent des nations qui ne les avaient point offensés, attentèrent à leurs biens, à leur liberté, à leur vie, et prêchèrent ensuite une religion qu’ils avaient rendue aussi détestable qu’eux. Les tourments étaient les interprètes de ces barbares ; un bûcher enflammé leur réponse, et la cupidité l’origine de leur zèle affreux. Ils annonçaient un Dieu père de tous les humains, et ils massacraient des créatures humaines qui ne pouvaient sûrement reconnaître en eux des hommes. Je ne m’étendrai point sur cette plaie cruelle faite à la religion et à l’humanité ; d’ailleurs ces horreurs sont assez connues, et les Européens doivent à jamais rougir de ne pouvoir les effacer de leur histoire.
Un petit nombre de Chébutois se sauvèrent dans les montagnes de Xarico, pour se dérober à un esclavage plus cruel pour eux que la mort. Une autre partie poussa jusqu’aux frontières du Pérou ; là, l’imagination encore troublée des vastes scènes de carnage, ils croyaient toujours rencontrer leurs farouches assassins. Les tristes restes de plusieurs nations Américaines s’unirent et formèrent un nouveau peuple. Elles fondèrent leur habitation au milieu de petites plaines situées entre des rochers et défendues par des bois inaccessibles. Elles s’estimaient heureuses après avoir tout perdu ; elles étaient libres.
Le gouvernement fut confié à un capitaine nommé Xalisem : son pouvoir se bornait à protéger la nation. Il dut cette place à sa valeur héroïque, et non aux droits de la naissance. Les lois furent aussi simples que l’esprit de ces peuples, et elles en étaient plus respectées : elles tendaient à unir et non à diviser les cœurs, à concentrer l’intérêt particulier dans l’intérêt général ; elles n’attribuaient pas quelques privilèges à quelques individus pour soumettre le gros de la nation ; elles ne faisaient pas quelques heureux aux dépens de la multitude.
Unis par le malheur, les citoyens plus égaux s’aimèrent davantage. Cependant il y avait parmi eux presqu’autant de cultes différents que de chefs de famille ; mais ils ne se tourmentèrent pas pour des cérémonies, parce qu’ils étaient religieux, et non vains et intéressés. Nul d’entr’eux, affectant un droit sur la pensée, n’apprenait à haïr son voisin à cause de sa secte. La sûreté de l’état, telle était la loi universellement reconnue : alors les infracteurs étaient sévèrement punis, fussent-ils les enfants du soleil.
J’ai remarqué avec étonnement que dans plusieurs gouvernements la justice détournait son glaive devant quelques hommes puissants : ce qui les autorisait à trahir les intérêts de la patrie, ou à porter leurs mains avides sur les revenus de l’état. Un pareil crime était inconnu chez les Chébutois : jamais on n’entendit parler de guerres civiles ni religieuses, et je n’ai pu me familiariser avec l’histoire des Européens, quand j’ai vu qu’on n’avait jamais disputé si l’on devait adorer Dieu, mais qu’on avait versé des torrents de sang pour savoir comment il faut l’adorer. Ainsi, c’est plutôt l’extérieur du culte que le culte même, qui a servi de prétexte à l’embrasement des états ; ou plutôt l’homme a défendu la cause de son opinion, et non celle de la Divinité. Mais a-t-elle besoin qu’on défende son culte à mains armées ? Dieu ne refuse point les rayons de son soleil à l’impie adorateur des idoles : laissons à sa suprême grandeur le soin de venger ses offenses.
Les Chébutois (car ce peuple, composé de vingt peuples divers, avait retenu le nom qui imprimait le plus de respect) devaient être nécessairement les irréconciliables ennemis des cruels Espagnols : la vengeance était leur premier devoir, j’ai presque dit leur vertu. Si un Espagnol tombait entre leurs mains, ils lui faisaient souffrir les mêmes tourments qu’ils avaient endurés : c’est ainsi qu’ils satisfaisaient à la mémoire de leurs braves ancêtres lâchement égorgés.
Les Européens accusent encore aujourd’hui les Chébutois d’avoir été la nation la plus sanguinaire. Non, mon mai, elle fut la plus juste. Autrefois simple et tranquille dans ses mœurs, contente des présents de la nature, elle vivait sans soupçonner la vengeance et la fureur ; mais à la vue de ces monstres nourris au carnage, à l’aspect de leurs tyrans ensanglantés, les Chébutois imitèrent leur cruauté, et bientôt les surpassèrent. Ils se familiarisèrent avec les arts horribles qui portent la destruction. On ne les traita plus de stupides dès qu’on les vit redoutables ; toutes les passions violentes échauffaient leur courage.
On vit la liberté refleurir sur des rochers, après des fleuves de sang ; mais on ne la crut pas trop chèrement achetée. Les Chébutois bravèrent leurs ennemis jusques sous le cacique Azeb, mon père. Il était brave, il avait des vertus ; mais, le dirai-je ! il était plus philosophe que politique et guerrier. l’avarice, la superstition et la tyrannie conjurèrent ensemble pour effacer de dessus la terre un peuple innocent et libre. Les Espagnols ne pouvaient souffrir une colonie d’Indiens voisins de leurs villes ; mais comment franchir les hautes montagnes de Xarico ? comment asservir des hommes qui frémissaient au seul nom d’esclavage ? Ils espérèrent obtenir de la ruse ce qu’ils n’osaient attendre de la valeur. L’inimitié entre les deux nations paraissait affaiblie par le temps ; quelques petites alliances étaient mêmes formées par le relâchement de la discipline. Ils parurent plus modérés ; ils nous portèrent des paroles de paix. Le commerce s’introduisit entre les deux peuples : cette correspondance utile consacra leurs liaisons.
Déjà quelques missionnaires s’étaient glissés chez les Chébutois : leur extérieur composé, leur langage doux, leur zèle désintéressé ou qui paraissait l’être, ne laissèrent point soupçonner des espions secrets, parmi un peuple qui savait combattre, vaincre et punir, mais qui ignorait les pièges de la trahison.