Par auteur Général Rapide I

 

 

Les Six derniers brevets ou Testament Honoré
Chouet dit Honoré
 
CODICILLE
 
LES INUTILITÉS DE MA VIE
 
Après le Testament d'un vieillard, mais qui n'est pas encore tout à fait usé, il lui semble qu'il peut encore ajouter quelques réflexions, sur son passé, non productif, parce qu'il est né pauvre, avec une instruction incomplète, et sans protecteurs, et qu'il est resté pauvre, et isolé, toute sa vie, n'ayant jamais voulu faire partie d'aucune Société, d'aucune Association, préférant rester tout entier à ses nombreuses, très nombreuses, infiniment nombreuses lectures, toutes choisies sérieuses avec le discernement le plus scrupuleux.
 
Voici donc un résumé de quelques-unes de ses préoccupations qui n'ont abouti à rien, quoiqu'elles aient, en quelque sorte, absorbé son existence. Mais en somme, pensées, recherches et travaux inutiles, qui ne lui ont pas rapporté le moindre fruit, ni le moindre bénéfice.
 
Est-ce là ignorance du savoir-faire dans la vie, ou malchance de prédestination ? La pauvreté, le défaut d'instruction première et le manque de Protecteurs (y compris l'isolement volontaire), y sont pour beaucoup.
 
Il est donc bien plus à plaindre qu'à blâmer de ses insuccès successifs, après tant de peines perdues.
 
 
 
INDICATION DE MES RECHERCHES & TRAVAUX
 
1. — Un Électro-aimant de longue course, s'enclavant dans la cavité d'un cône (1).
 
(1) J'ai perfectionné cette première idée en 1887, en substituant au cône à aimanter un cylindre de fer doux, avançant progressivement dans un manchon d'électro-aimants. J'avais proposé pour cela le Prix Volta, mais on n'en a pas tenu compte.
 
2. — L'idée des Réverbères de Paris en verres bombés et couronnés d'un réflecteur, exécutée d'après mes indications et mes dessins, par les Ingénieurs de M. Haussmann (2).
 
(2) En 1859 ou 1860, ayant à traverser tous les soirs la place de la Concorde, j'ai remarqué que, malgré le très grand nombre des becs de gaz qui en faisaient l'ornement, elle était fort mal éclairée, parce que les rayons lumineux dardaient au firmament, il n'y avait ni maisons ni réflecteurs pour abattre la lumière sur le sol. Frappé de ce fait, j'en écrivis à M. Haussmann qui me fit demander par ses ingénieurs, plus d'explications avec des dessins, je fis une longue lettre avec des dessins, montrant comment on pouvait substituer aux réverbères quadrangulaires des verres bombés et comment on pourrait les couvrir d'un réflecteur, soit en verre avec une peinture blanche à l'huile, soit en opale, soit plus simplement en métal quelconque recouvert d'une peinture blanche à l'intérieur. On ne me fit plus aucune réponse, mais le 15 août suivant, en passant au pied de la colonne Vendôme, je restai stupéfait, en la voyant entourée de mes réverbères, absolument comme je les avais dessinés. Plus tard on les a ornés d'une couronne, et ils sont encore tels aujourd'hui dans tout Paris. Voilà une des premières inutilités de ma vie.
 
3. — Une quantité de Recherches chimiques pendant quatre à cinq années, peut-être même plus longtemps.
 
4. — Une Multitude d'idées qui n'ont eu qu'un faible commencement de mise à exécution, et dont les embryons se trouvent dans mes paperasses, ou en ébauches matérielles dans mon Capharnaüm.
 
5. — La parfaite Ventilation des Théâtres, et autres Salles de nombreuses réunions. Distribution, à volonté, d'air pur et frais, et même de Zéphyrs, partout où cela peut être utile. (Brevet du 13 mars 1860.)
Quand ce brevet a été pris, M. Davioud construisait les théâtres municipaux, dits : du Châtelet et Lyrique. Il m'a fait demander dans son cabinet, pour que je lui donne toutes les explications nécessaires pour l'adoption de mon système. En définitive il a préféré, par raison d'économie, établir pour ces deux théâtres, deux prises d'air sur le chemin de halage de la Seine, mais il ne désapprouvait pas mon système.
 
6. — Grand Principe général, relatif aux Mouvements des Fluides pondérables par rapport à ceux des corps solides, et réciproquement, aux Mouvements possibles des solides relativement à ceux des Molécules des Fluides pondérables. Et applications de ce Principe général. (Brevet du 20 juin 1860.)
 
7. — La Métalloplastie, ou application d'un précipité métallique brillant (réductions de sels de tous métaux, cuivre, argent, or, etc.), sur tous fils, tissus et étoffes, tout en leur laissant leur souplesse. (Brevet du 29 août 1863.)
Ce brevet m'a été payé par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.
 
8. — Les Vins concentrés, par l'élimination de toute partie aqueuse, très fortifiants, pour les malades et les vieillards. (Années 1863-1864.)
 
9. — L'Appareil Télégraphique par excellence, pour transmettre ou recevoir, au moyen d'un cylindre tournant, les dépêches authentiques, reproduites en fac-similé par procédé chimique. (Brevet du 10 octobre 1864.)
M. le baron Ludovic d'Arlincourt s'est associé avec moi pour l'exploitation de ce brevet, mais il a réduit les dimension du cylindre et au lieu de le faire tourner horizontalement il l'a fait tourner verticalement, et à une molette traçante il a substitué un ressort. Il a eu ainsi tous les avantages de l'exploitation, et moi rien.
 
10. — La Conservation des Fruits, des légumes, des Grains, des semences, par le Froid. (Brevet du 29 juillet 1865.)
M. Chevet, du Palais-Royal, m'a fortement encouragé ; il avait pleine confiance dans mon procédé. Malheureusement, je n'ai jamais pu être outillé pour obtenir le froid qu'il me fallait.
 
11. — Découverte d'un Mélange explosif, d'une grande puissance. (Mais je n'ai pas osé continuer les expériences.) (1866.)
C'est de cet explosif dont il est question ci-devant, pages @@@@
 
12. — Nouveau moteur, fondé sur le Pincipe de la Pesanteur (avec dessins très complets). (Brevet terminé le 15 décembre 1867, mais non encore demandé.)
La construction mécanique m'a déjà coûté environ 1,000 francs, mais il me faudrait peut-être encore 3,000 francs pour la terminer, et ne surplus peut-être encore 1,000 francs pour lancer l'affaire. Je la laisse inédite.
 
13. — Idée de la Fabrication du Diamant noir, par la Cristallisation du carbone. (20 septembre 1868 ; reprise le 1er septembre 1871 et en 1887.)
J'ai obtenu un commencement de dépôt sur des pôles de platine.
 
14. — Proposition pour la Défense Nationale, à Monsieur Dorian, Ministre des Travaux publics, membre du Comité scientifique de la Défense. (Le 1er novembre 1870.) (Supplément explicatif, le 3 janvier 1871.)
J'en conserve la minute.
 
15. — Autre Proposition à Monsieur Thiers, et à Monsieur le Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, Commandant en chef de l'armée de Paris. (Le 1er juin 1871.)
J'en ai la minute.
 
16. — Lettre à Victor Hugo sur la situation actuelle, du 15 novembre 1871. (Réponse d'encouragement, le 30 novembre 1871.
J'en ai la minute.
 
17. — Propositions du Prince Orloff, ambassadeur de Russie. (Les 18 avril et 9 mai 1872.) Pour l'avenir de la Russie.
J'en ai la minute et la réponse.
 
18. — Fausse Dorure, au Bronze d'aluminium, et Brocards étincelants, de Statuettes et de tous Objets quelconques. (Année 1872.) (Non exploitée, et aujourd'hui depuis longtemps déjà dans le domaine public.)
 
19. — Très long Rapport à l'Archevêque de Paris, sur le Monument qui pourrait être construit en haut de la Butte Montmartre. (Septembre 1872.)
J'ai été convoqué à ce sujet dans les bureaux de l'Archevêché. Je conseillais de faire appel à un Concours, ce qui est arrivé six mois après. Mon rapport a donc pu être l'idée inspiratrice de ce Concours.
 
20. — Projet d'Embellissements champêtres et pittoresques, au bois de Boulogne. (Rapport à M. le Préfet de la Seine, le 3 août 1874, qui a eu la grossièreté de me le faire renvoyer, avec 1 fr. 30 de port à payer.)
 
21. — Projet de Décoration féerique, en tubes de cristal, dorés à l'intérieur, de l'Église Saint-Ouen de Rouen tout en respectant l'architecture du monument. (Lettre au cardinal de Bonnechose, le 5 septembre 1874.)
Il ne m'a été fait aucune réponse à cette proposition.
 
22. — Des Syphons électriques, à la dynamite ou à torpille. Brevet italien. (Du 10 mai 1876.) Pour la suppression, à Rome, de la Malaria, par suite du dessèchement complet des Maris Pontins.
J'ai envoyé cinq copies de mon brevet à Rome, aux trois ministres compétents, au Syndic de Rome et à Garibaldi. Ce dernier seul m'a répondu. Mais M. Zannardelli m'a fait dire deux ans plus tard que : "Mon mémoire avait té perdu, que je veuille bien en recommencer un autre." Je n'ai pas daigné le faire.
 
23. — La Stéréoplastie, ou moyen d'obtenir le moulage de tous objets quelconques, même des personnes vivantes. (Brevet du 1er décembre 1876.) Mais les pellicules dans lesquelles il entrait des dissolutions de caoutchouc et de gutta-percha n'offraient plus de résistance au bout d'une année.
 
24. — Méthode d'Écriture et de Dessin, sur des Modèles, fait à la Main, d'après longue expérience. (Année de 1876 à 1880.)
J'ai imprimé des milliers de ces modèles, aujourd'hui il ne m'en reste plus.
 
25. — Compositions de Pâtes Chimiques, pour la reproduction de ces Modèles (de Dessin et d'Écriture) à un très grand nombre d'exemplaires (Année 1878 à 1880.) Mais, plus tard, les pâtes Dagron, et surtout l'Autocopide noir, ne m'ont pas permis de soutenir leur concurrence.
 
26. — Système d'Analyse au point de vue d'une préparation spéciale, pour l'étude du latin. (Très bonne méthode, très étudiée, c'est la synthèse de toutes les leçons d'analyses, continuée depuis l'année 1880.) Encore inédite.
 
27. — Fabriques de Terre vierge, le meilleur de tous les Engrais, application d'une observation de Charles Darwin. (Brevet du 10 octobre 1883.)
 
28. — L'Imporositation utilitaire ou artistique de tous objets de Matière commune et peu coûteuse, de manière à en faire des Objets de luxe. (Brevet du 6 mars 1884/)
Refusée, à nouveau, par le Directeur actuel des Beaux-Arts, pour l'imporositation des statues en pierre qui ornent le Louvre de Napoléon III, par lettre du 11 décembre 1894.
 
29. — La Reproduction de Médailles artistiques en plâtre durci, inaltérable, et par un très grand nombre de Pellicules diverses, mais qui, presque toutes, se sont altérées avec les années, parce qu'il entrait dans leur composition des dissolutions de caoutchouc et de gutta-percha (Années 1885-1886.) (Aujourd'hui, je peux refaire toutes ces médailles en métal spécial.)
 
30. — Les Glissoires vitrifiées, pour Transports extra-rapides, par des Glissades éclair. (Brevet du 6 octobre 1887.) (Brochure cartonnée, 2 fr. 50 ; par la poste, franco.)
Glissades directes entre Paris et Lyon ; entre le port d'Anvers et celui de Marseille et plus tard entre Abbeville et Aigues-Mortes.
 
31. — La Création de la Navigation aérienne, au moyen de Ptéronaves. (Brevet du 28 juillet 1888.)
(Les dessins démonstratifs ont été très examinés au Ministère de la Guerre, puisqu'ils m'ont été rendus presque ne lambeaux. Un exemplaire a été emporté en Amérique, par M. Edison. Et un autre exemplaire se trouve dans les archives de la Société de l'Aéronaute, rue d'Amsterdam, 91, et tout 40 pièces dans une boîte spéciale en fer-blanc.)
Brochure cartonnée, 3 fr. 50 (mais sans dessins) ; par la poste, franco.
 
32. — Les Syphons longues-portées, avec lesquels on pourra enlever les eaux de leur lits naturels, pour les jeter, par-dessus les Collines et les Montagnes, dans d'autres Bassins, où elles seront utilisées pour créer des chutes Motrices et des Irrigations. (Impression de la brochure, le 1er septembre 1887. — Brevet demandé seulement le 7 mai 1889.)
Il est joint à ce brevet dix-huit cartes de l'État-Major pour les explications du texte, 26 pages en 3 colonnes, format 0,54 sur 0,36. Et il a été négligé 20 cartes, qui n'ont pu être annexées.
 
33. — La Vie à bon marché, pour l'Armée, la Marine et le Peuple, et pour les Pauvres. Pot-au-feu économique et Viandes à bon marché. Nouveau Procédé de conservation des substances alimentaires (Brevet du 14 juin 1888). — Brochure cartonnée, 1 fr. 50 ; par la poste, franco.
 
34. — La Fortune de la France, pour Tous ses Richesses, avec l'Exécution de Grands Travaux Nationaux. (Brevet du 7 mai 1889.) — Un volume rare, prix, 10 fr. ; par la poste, franco.
C'est la copie du brevet n° 32 ci-dessus, mais sans les cartes.
 
35. — La Suppression du Paradoxe hydrostatique, c'est-à-dire Augmentation de la pression atmosphérique, et Emploi comme Ressort mécanique, de la Repoussée des liquides, de manière à créer, par l'alternance de ces deux forces, une Nouvelle Machine extrêmement puissante, qui sera nommée La Pascal. (1857 à 1858, et reprise de l'idée, en 1890.)
Avec expériences, au moyen d'un tube d'une hauteur de plus de 20 mètres pour le premier principe, et de grandes caisses en fer-blanc, hermétiquement soudées pour le second.
 
36. — Le Nectar Honoré. Spirituel des Français. Nouvelle liqueur à l'arôme de café, qui serait le Nec plus altra des liqueurs toniques pour le corps, et surexcitantes des facultés. (Année 1891.)
Si l'Administration de la Guerre avait accepté ce Nectar, chaque soldat aurait pu en avoir une gobette dans sa poche ; j'avais fait aussi fabriquer de plus grandes gobettes, de contenances différentes, pour tous les grades d'officiers.
 
37. — L'Ambrosidor Honoré, Fortificateur musculaire par excellence, pour les Soldats, les Marins et les Travailleurs. Triscuits de Gluten et de Viandes cuites hachées, pouvant se conserver indéfiniment. (Année 1891.)
Cela est ce qui conviendrait le mieux pour le ravitaillement des armées nombreuses.
 
38. — Grandes Lentilles astronomiques, Grands Objectifs photographiques, Grands Miroirs Télescopiques, Grands Réflecteurs calorifiques, et autres Réflecteurs pour faire des Politicums. (Brevet du 5 mai 1892.) (Brochure cartonnée, 3 fr. 50 ; par la poste, franco.)
 
39. — Le Clou de l'Exposition de 1900. Trois Politicums au Bois de Boulogne, en face le Parc de la Muette. (Le 1er août 1892.) (Extrait de la Brochure précédente, prix, 0 fr. 15 ; par la poste, franco.)
 
40. — Nouveau Calendrier républicain. Tous mes Mois égaux et les Quantièmes absolument mnémotechniques. (1ère édition, en 1866 ; — 2ème édition, septembre 1892.) (Grande feuille, format Jésus, prix, 0 fr. 15 ; par la poste, franco.)
L'adoption de ce calendrier pourrait se faire tout en conservant nos habitudes contractées du jour de l'an comme il se passe aujourd'hui.
 
41. — Mes Préliminaires (Réflexions personnelles), suivis du Dilemne de la Solution politique de la Fin de ce siècle. (Le 15 mai 1893.) 40 pages, prix, 0 fr. 60 ; par la poste, franco.
 
42. — Les Tambours Moteurs. Multiplicateur de vitesse, destinés surtout à élever l'eau et à comprimer l'air. (Brevet du 27 juillet, et brochure du 1er août 1893.) 22 pages, prix 0 fr. 30 ; par la poste, franco.
 
43. — Plan d'un Palais National à élever au milieu de l'ancien Jardin des Tuileries et qui servirait pour le Président de la République et pour les Grands corps de l'État.
J'ai mis plus de deux moi à en faire les dessins et je les ai proposés pour l'Exposition de 1900. Mais ils ont été rejetés parce que le plan général de l'Exposition ne comprend pas le Jardin des Tuileries. Je recommencerai plus tard ce plan de Palais National, et je le ferai imprimer pour le divulguer. Ce palais serait le plus original et le plus beau de tous les Monuments de Paris. Il serait couronné d'une plate-forme pour des jeux de lumière électrique et des feux d'artifice qui se verraient de toute la longueur des Champs-Élysées, de toutes celles des quais. De près, des places de la Concorde et du Carrousel, et pour le lointain, qui domineraient toutes les maisons du centre de Paris.
 
44. — Les Voitures Sahariennes m'ont été refusées par la Commission d'examen des Invention pour les services de la Guerre, le 8 mai 1894 (n° 73). — Refusées par la Chambre des députés, 4e Commission des Pétitions (n° 414), Journal Officiel du 11 mai 1894. — Et la Société d'Encouragement pour l'industrie nationale n'a pas daigné me faire une réponse quelconque à une demande que je lui avais adressée au sujet de ces Sahariennes.
 
45. — L'emploi du Parallélépipède rectangle articulé, pour avoir un point d'appui sur l'air, pour le transport aérien, a été refusé par la Commission d'examen des inventions intéressant les armées de terre et de mer, par lettre du 14 novembre 1894 (n° 238).
 
46. — Les Canons Rotatoires ont été refusés par la Commission d'examen des inventions intéressant les armées de terre et de mer, par lettre du 26 décembre 1894 (n° 881), dans laquelle il m'a été répondu : " que mes propositions concernant un procédé pour imprimer aux projectiles un moyen de rotation, n'ont point paru, à la Commission d'examen, pouvoir être appliquées utilement pour les services du Ministère de la Guerre".
 
47. — Le Présent Testament, c'est-à-dire les Six Brevets dont je divulgue les idées et les applications, à moins qu'il se trouve un Entrepreneur de locomotion automobile qui veuille bien adopter l'application du Polyspiralifère, c'est-à-dire de mon Tractionneur pour toutes les sortes de véhicules, — ou un Manufacturier qui voudrait de l'exploitation des Esquisses d'Écritures et de Dessins dans tous les genres, pour toutes les Écoles, — ou une Société de Spéculateurs, qui consentiraient à lancer l'exploitation des Scrutins différentiels.
Sans oser concevoir des espérances fermes pou : — les Canons rotatoires, — les Navires répulsifs — et la Navigation aérienne, réalisée à la Gloire de la France.
 
48. — Une infinité d'Études inachevées, par suite d'une quantité prodigieuse de lectures spéciales soulignées de livres scrupuleusement choisis, ou scientifiques, ou philosophiques, ou historiques, ou sociologiques, etc., etc.
 
49. — Étant né d'une famille pauvre, malgré mes pleurs, mes supplications et mes insistances, mes Parents n'ont pu me faire faire mes études, et je suis resté pauvre toute ma vie, mais dès l'âge de quinze ans, je me suis tracé un plan d'instruction que j'ai suivi avec persévérance de point en point. J'ai lu, en soulignant chaque phrase pour ne rien laisser passer et ne rien perdre de la quintessence des pensées de l'auteur, toutes les meilleures traductions de tous les auteurs Grecs, de tous les auteurs Latins, suivis et expliqués dans les Classes, de tous les auteurs étrangers Anglais, Allemands, Italiens, Espagnols, expliqués également dans les cours de l'Université. Enfin tous les chef-d'œuvre de la littérature française, et tout cela en soulignant toujours.
 
Il y a aujourd'hui plus de cinquante ans que je fais cela, même pour des articles de journaux, que je découpe ensuite, et dont j'ai des malles pleines, en collections presque classées par ordre de matières.
 
Je ne sais pas ce que je n'ai pas emmagasiné dans ma tête. Cela s'y trouve peut-être à l'état d'un peu de confusion, mais à l'occasion je sais m'y reconnaître et je vais toucher le passage du bout du doigt, dans tel ou tel livre. J'ai mis dix ans à lire, à dix versets par jour, tous les livres de la Bible ; en ce temps là, j'avais de 15 à 25 ans. Depuis déjà de très nombreuses années, après avoir beaucoup lu l'histoire, en cherchant surtout les causes des événements, je me suis senti une préférence marquée pour les Études sociales d'économie politique, et pour les nombreux perfectionnements de simplification à apporter dans le fonctionnement de tous les rouages de la grande machine administrative. Mais toutes ces idées sont encore dans ma tête.
 
Je n'ai appris le latin qu'à l'âge de quarante-huit ans. Ce que j'en sais m'a un peu servi, ou bien c'est encore une des dernières Inutilités de ma vie.
 
50. — Enfin, dans ce codicille, je puis ajouter que : Je me préoccupe, d'une préoccupation spéciale, depuis plus de cinquante ans, d'un PLAN DE GOUVERNEMENT QUI CONVIENDRAIT BIEN 0 LA France actuelle.
 
J'intitulerais ce Plan : La Tête de la France, avec l'indication d'une Nouvelle Organisation Sociale. Laquelle organisation, j'en ai la plus profonde conviction, satisferait les intérêts de presque tous les Français.
 
Je désire donc vivement, je souhaite donc ardemment, dans ce codicille, qu'il me soit encore donné, avant de mourir, de pouvoir faire connaître ce Plan de Gouvernement.
 
Il me résumerait, car il est comme : La Pensée initiale, directrice et ultime de ma vie.
 
Ainsi soit-il.
 
Paris le 5 mai 1895.
 
HONORÉ, Quai des Célestins, n° 2, à Paris.