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François Fournier de Pescay 1771-1833

Les Cas rares

extrait du dictionnaire des sciences médicales 1813

IIIe section. Cas rares parmi les maladies.

Si dans l’état physiologique l’organisation du cerveau présente rarement des anomalies remarquables, l’état pathologique de cet organe en offre assez souvent de très-étonnantes et dont les plus graves tiennent quelquefois à des causes dont il est impossible de soupçonner l’ascendant. C’est ce dont il sera facile de se convaincre en parcourant les cas qui seront exposés dans cette section.

Il y a quelques années qu’en écrivant sur les cas rares, on n’eût pas manqué d’y classer cette affection qui se manifeste aux cheveux et qui est connue sous le nom de plique ; aujourd’hui il est prouvé que cette maladie est endémique en Pologne; et quelle que soit la diversité des opinions sur sa cause, elle n’en est pas moins commune dans les états polonais, et surtout dans la Lituanie. Comme on ne l’a jamais vue se manifester chez d’autres Européens, à moins qu’ils n’aient habité longtemps la Pologne, nous n’en citeront point d’exemples dans cet article.

On lit, dans le recueil périodique de la société de Médecine de paris, qu’une ophtalmie était caractérisée par des ulcérations à la cornée : ces ulcérations coïncidaient avec la carie de plusieurs dents correspondantes : on imagina de faire l’extraction de ces dents, et l’ophtalmie, les ulcérations guérirent spontanément, peu de jours après.

Le docteur Forlenze, à qui l’art de l’oculiste doit des recherches et des découvertes intéressantes, a rencontré dans ses dissections, à l’Hôtel-Dieu de Paris, une ossification de l’œil dont nous ne connaissons pas d’analogue. Ce fut chez une femme âgée d’environ trente-sqix ans ; la sclérotique était dans son état naturel ; l’iris, le cristallin et l’humeur vitrée étaient parfaitement ossifiés. L’iris se distingue par une couleur d’un brun noir ; le cristallin est d’un brun plus clair et l’humeur vitrée à la blancheur et le poli de l’ivoire. Le docteur Forlenze conserve cet œil dans son cabinet. Le même oculiste a opéré, en ma présence, une cataracte où le cristallin fut trouvé parfaitement ossifié ; la membrane cristalloïde était opaque, mais ne participait point à la transformation du cristallin. Le malade recouvra la vue.

Un jeune homme de Bruxelles fut opéré de la cataracte, par le docteur Forlenze ; après l’ex-traction du cristallin, le malade vit distinctement ; mais tout-à-coup il survint une hémorragie provenant de l’anévrisme d’une artère de la choroïde : cette hémorragie dura huit jours, après quoi l’œil tomba en suppuration.

Une des variétés les plus rares de la cataracte est celle qu’on nomme vacillante ou branlante, ainsi désignée à cause de la mobilité du cristallin dont la capsule est adhérente à la face postérieure de l’iris. Ce qui produit la paralysie de cette membrane et par conséquent la goutte-sereine. Les anciens croyaient cette sorte de cataracte inguérissable ; Celse était de cette opinion, et Saint-Yves qui le premier détermina son étiologie, partageait le sentiment des anciens, parce que, de son temps, on opérait la cataracte par la méthode de l’abaissement. M. Forlenze est le premier qui ait fait l’extraction de la cataracte vacillante. En 1792, un homme de soixante ans, ayant depuis plus de douze ans une cataracte vacillante, consulta cet oculiste qui se détermina à tenter l’opération, en présence du célèbre Desault, de feu Manoury, son élève, et du docteur Boulet. La cornée ayant été divisée, par l’ingénieuse méthode de M. Forlenze, cet oculiste se servit pour l’extraction du cristallin d’une aiguille d’or de son invention, emmanchée comme le bistouri à cataracte, longue de dix-neuf lignes, large d’une ligne, arrondie et aplatie à son sommet. Il saisit l’instrument comme une plume à écrire, releva le lambeau de la cornée, et porta la pointe de l’aiguille dans la chambre postérieure ; et en la dirigeant en divers sens, il détruisit toutes les adhérences de la capsule cristalline avec l’iris. A l’instant le cristallin et la capsule sortirent ; la pupille resta nette et l’humeur vitrée parut saine, contre l’opinion des anciens et de Maître Jean, qui pensait que cette variété de la cataracte était le résultat de la fonte de l’humeur vitrée.

Les difformités du nez sont ordinairement le résultat du développement pathologique des glandes sébacées et des glandes milliaires de la peau ; elles grossissent et forment des tumeurs plus ou moins considérables, qui soulèvent et distendent la peau. Les habitués du jardin du Palais-Royal y voient tous les jours un homme dont le nez est devenu énorme par une cause semblable. Son nez ressemble à une végétation monstrueuse ; il est divisé en différentes tumeurs d’inégales grosseurs, formant une masse plus grosse que le poing et couvrant presque toute la face. La maladie la plus rare dans ce genre est celle dont M. Imbert de Launes a fait l’opération à M. Perrier de Gurat, ancien maire d’Angoulême. Son nez était divisé en cinq lobes ou tumeurs sarcomateuses ; elles étaient très-saillantes, élastiques quoique compactes, et du poids d’environ deux livres ; elles occupaient la surface externe du nez ; et se prolongeant, sans adhérence sur le muscle buccinateur et sur le menton, qu’elles cachaient en entier, elles fermaient hermétiquement les narines et la bouche. M. Perrier était obligé de pencher la tête en avant, afin de respirer. Il lui fallait relever ces énormes tumeurs pour introduire les aliments dans sa bouche. Lorsqu’il se couchait, il lui était indispensable, pour ne pas étouffer en dormant, de relever son nez au moyen d’une fronde qu’il faisait à son bonnet de nuit. Cette maladie donnait un aspect tellement hideux à M. Perrier, qu’il était obligé de se séquestrer de la société même de ses amis. Il y avait douze ans qu’elle avait commencé, et ses progrès s’étaient fait très-rapidement pendant vingt-deux mois que M. Perrier passa dans les prisons révolutionnaires.

M. Imbert qui avait déjà fait des preuves d’habileté dans l’opération d’un sarcocèle monstrueux, n’hésita pas à disséquer les sarcomes qui composaient la tumeur dont nous venons de parler ; il mit à découvert toute la surface externe du nez depuis sa racine jusqu’à la membrane pituitaire. Par une suite de procédés très-ingénieux, M. Imbert a parfaitement guéri son malade, dont le nez, aux cicatrices près, a repris sa première forme.

On lit, dans le cinquième volume de l’ancien Journal de Médecine, un cas aussi curieux que rare; c’est celui d’un homme de trente-sept ans qui portait une pierre de la grosseur d’un œuf de pigeon sous la langue. Ce corps étranger avait causé de très-vives douleurs, et une salivation abondante au malade. La pierre était grisâtre à l’extérieur et blanche en dedans ; elle était friable. Il est fâcheux que l’analyse chimique n’en ait pas déterminé la nature.

Brassavole rapporte qu’un homme d’une forte constitution, ayant été tourmenté pendant huit jours d’un violent mal de tête, tomba en apoplexie et mourut. On fit l’ouverture du crâne : le cerveau fut trouvé corrompu, sphacelé, en plusieurs endroits.

Saxonia a vu une femme qui avait souffert pendant très-longtemps d’une douleur permanente au côté droit de la tête. A sa mort, on trouva le côté gauche du cerveau entièrement purulent, quoiqu’elle n’y eut jamais éprouvé de douleurs. Le côté droit était sain, bien que ce fut celui où la malade souffrit.

Une demoiselle de la Rochelle, âgée de trente ans, bien constituée, était depuis quelque temps sujette à des convulsions, lorsqu’en 1752 ces convulsions se convertirent en accès d’épilepsie, qui avaient lieu quatre à cinq fois par mois ; ils duraient environ cinq heures. Pendant cinq ans,on combattit cette maladie par d’inutiles remèdes. Le mal s’aggrava, la demoiselle fut atteinte de vertiges et devint furieuse. La dernière crise de convulsions qu’elle éprouva fut léthargique et dura onze heures; l’accès se termina par la mort. L’autopsie fit découvrir vers le sinus longitudinal supérieur du côté gauche, dix ou douze productions osseuses longues d’un demi-pouce et armées de pointes très-aiguës, qui avaient percé la pie-mère et blessé le cerveau. Une quantité de grains sablonneux étaient adhérents à la pie-mère, du côté où régnaient ces petits os insolites. (Anciens Journal de Médecine, tome iv).

D’Héricourt donna des soins à une fille qui mourut à la suite d’une céphalée, qui l’avait tourmentée pendant six mois. Toutes les parties du cerveau étaient saines ; mais la glande pinéale était dure, pierreuse et aussi grosse qu’un œuf de poule.

Je conserve le crâne d’un paysan des environs de Bruxelles, âgé d’environ trente ans, qui avait souffert pendant vingt ans consécutifs d’un mal de tête pongitif, parfois lancinant et toujours fixé au même point. A sa mort, le lobe du cerveau du côté où il ressentait la douleur était en suppuration ; le crâne avait été corrodé par le pus, dans une étendue d’un pouce, il était aussi mince qu’une feuille de papier ; il s’y fit une ouverture ronde de la largeur d’un centime, par où tout le lobe putréfié s’épancha, le malade mourut sans douleurs, et comme on voit souvent des phtisiques qui s’éteignent, pour ainsi dire. Quinze jours avant sa mort, ce paysan avait eu une rixe avec un de ses compagnons et en avait reçu quelques coups de poing. A sa mort son adversaire, accusé de l’avoir fait mourir par les sévices qu’il avait exercés à son égard, fut jeté dans un cachot et traduit devant le tribunal criminel de Bruxelles. Tout concourait à charger le prévenu : le défunt avait gardé la chambre depuis le jour où il avait été frappé ; dans un rapport judiciaire, les deux officiers de santé ignorants, qui avaient exploré le cadavre, attribuaient la cause de la mort aux coups donnés par l’accusé ; les jurés ne voyant en lui qu’un meurtrier, allaient l déclarer coupable, lorsque le tribunal me fit appeler pour examiner le crâne du défunt, et lui donner mon opinion sur la cause de sa mort. L’inspection de ce crâne me fit reconnaître que la trace qu’on y remarquait devait être le résultat d’une affection chronique très-ancienne ; je pensai qu’un corps rongeant et corrosif, comme la matière de la suppuration, pouvait seule avoir exfolié insensiblement le crâne, qui ne s’était rompu que par les continuelles pulsations de la matière purulente, laquelle ensuite s’était pratiquée une issue en désorganisant les téguments. Un doute salutaire pour l’infortuné prévenu s’introduisit dans l’âme des jurés ; les officiers de santé, auteurs du procès-verbal accusateur furent appelés ; je fus chargé de les interroger ; leurs réponses confirmèrent mon opinion : les témoins portèrent la dernière conviction dans la conscience des jurés et de l’auditoire, en déclarant que le défunt, valétudinaire depuis vingt ans, touchait à sa fin, avant que son irascibilité lui eut fait recevoir quelques coups que son adversaire n’avait fait qu’échanger avec lui. Ce fut de ces témoins que j’appris les détails que je viens de rapporter sur cette longue maladie. On se doute bien que le jugement du tribunal acquitta l’accusé, que la funeste ignorance des officiers de santé rédacteurs du procès-verbal recueilli par le premier juge, allait livrer à la peine capitale.

Morgagni dit qu’une femme, âgée de soixante-dix ans, qui avait perdu la mémoire et marchait avec difficulté, tomba, en mangeant ; elle perdit le mouvement du côté gauche et celui du bras droit, et mourut neuf heures après sa chute. Les ventricules du cerveau étaient remplis d’un sang fluide, le droit était rongé vers le bord extérieur du corps cannelé et de la couche du nerf optique ; le gauche l’était aussi, mais beaucoup moins ; il restait à peine quelque portion du plexus choroïde.

Les Mémoires de l’Académie des Sciences, de 1700, contiennent une observation de Duverney, relative à un enfant de cinq ans qui s’était plaint d’une grande douleur de tête vers la racine du nez. Atteint de convulsions et d’une fièvre lente, cet enfant mourut ; l’on trouva dans le sinus longitudinal supérieur, un ver de quatre pouces de long, semblable aux vers de terre. Il vécut encore quelques heures après l’ouverture du crâne. Ce fait, de même que celui rapporté par Baillou, qui assure avoir trouvé un ver entre le crâne et les méninges, chez un sujet mort après avoir souffert des douleurs extrêmement vives, ne me paraissent guère plus croyables que celui dont parle Gesner, d’une femme dans le crâne de laquelle il trouva des scorpions, à la suite de douleurs considérables à la tête. Je pense, avec Morgani, que les vers ne peuvent s’introduire dans le cerveau, tant que l’os ethmoïde n’a point été rongé. Il serait plus probable de supposer que les vers rencontrés dans le cerveau et dans d’autres parties où l’on n’est pas habitué de les remarquer, y naissent lorsqu’il existe dans ces parties une cause morbifique qui peut donner naissance à ces insectes. Les vers que les auteurs disent avoir trouvé dans l’intérieur de la tête ne sont point, d’après la remarque de Vicq-d’Azyr, de la nature de ceux qui se développent dans les animaux ; or, s’il n’est pas permis de révoquer en doute les faits de cette nature, il est au moins permis de penser que les observateurs n’ont point déterminé la véritable espèce des insectes dont ils rendent compte.

On lit, dans les Actes de la Société d’Edimbourg, tome iii, que la tête d’une fille âgée d’un an, et atteinte d’hydrocéphale, avait vingt-sept pouces et demi de circonférence.

Vanderviel, tome ii, rapporte l’observation suivante : un enfant, venu au monde en bonne santé, vécut pendant six mois dans le même état. A cette époque, sa vue diminua et la tête augmenta de volume ; à l’âge de deux ans, la tête de ce petit infortuné avait une circonférence d’une aune.

Il y a cinq ans qu’une fille bien constituée, âgée de quarante-huit ans, fut atteinte, subitement d’une douleur pongitive et lancinante dans toute la tête, excepté à la région occipitale ; la douleur était atroce ; la malade était comme frénétique, elle poussait des hurlements affreux, à chaque crise, qui durait une minute, et se renouvelait toutes les cinq ou six minutes. Dans les intervalles, elle n’éprouvait qu’un orgasme d’ailleurs très-pénible. Elle était pâle, le pouls était lent et faible pendant la rémission. Son teint s’animait, le pouls devenait fréquent et convulsif dès que la crise avait lieu. J’appris de la malade que sept ou huit mois avant elle s’était frappée violemment le sommet de la tête sur une clef de porte. La douleur avait été vive, elle avait éprouvé des vertiges, mais au bout de quelques jours et sans avoir fait de remèdes, elle n’avait plus rien ressenti. J’attribuai les accidents actuels au coup qu’avait reçu la malade ; je lui prescrivis un grain de tartrate antimonié de potasse, dans une livre de petit lait ; elle vomit une fois. Le deuxième jour, la dose du tartrate fut doublée ; il en résultat plusieurs vomissements ; le troisième et le quatrième jours, même prescription, même résultat ; le cinquième, trois grains du même médicament ; le sixième, quatre. Les vomissements se succédèrent rapidement, la malade fit de très-grands efforts, et tout à coup, pendant qu’elle vomissait, il lui sortit par la bouche, le nez et les oreilles, une abondante quantité de pus, d’une inconcevable fétidité. Dès cet instant, les douleurs cessèrent comme par enchantement, le calme se rétablit. Trois jours après, un nouveau vomitif n’amena que quelques gouttes de pus par l’oreille : des injections appropriées furent introduites dans le conduit auditif ; la malade recouvra sa première santé, qui depuis lors n’a point éprouvé d’altérations.

En 1789, un enfant de cinq ans tomba sur ses pieds, d’un premier étage ; il remonta et dit qu’il n’éprouvait aucun mal ; il parut en effet se fort bien porter pendant trois mois : au bout de ce temps, il fut saisi d’un violent mal de tête accompagné de nausées et de bouffissure aux paupières ; le visage était d’un rouge violet. L’enfant perdit l’usage de la parole et mourut peu d’heures après l’invasion des accidents. Il y avait tuméfaction aux téguments, et un abcès considérable entre la dure-mère et la partie supérieure latérale droite du coronal. (Journal de Chirurgie de Desault).

Un homme reçut un coup de feu dont la balle pénétra dans le cerveau à travers le sinus frontal : le malade se rétablit en assez peu de temps et parut jouir d’une excellente santé pendant quatre mois. Il fut alors saisi d’une espèce de léthargie, et mourut dans les convulsions. On trouva la balle dans la substance médullaire, un demi-pouce au-dessus de la partie antérieure du ventricule latéral gauche. (Mélanges de Schmucker).

On lit dans l’ancien Journal de Médecine, tom. xxiv, qu’une balle était restée dans le cerveau pendant deux ans, et que le corps étranger détermina enfin la mort. Une ancienne chronique de Kœnisberg, que nous avons vue dans cette ville, rapporte qu’un homme avait vécu pendant quatorze ans, portant dans le cerveau un morceau de fer de la longueur du doigt et aussi gros ; que ce corps sortit par la voûte palatine. Le sujet avait peu souffert de ce corps étranger dans le cerveau.

Blégny fait mention d’une dame qui avait de grandes douleurs à la tête, la fièvre accompagnait cette douleur ; la malade perdit la vue et ses souffrances furent telles qu’elle mourut. On trouva une pierre de la grosseur d’une fève à l’origine, et dans la naissance du nerf optique.

Vicq-d’Azyr rapporte une observation qui peut figurer parmi les cas rares. Une femme de cinquante ans, dit ce savant, fut attaquée, vers le mois d’août 1751, d’une douleur très-violente à la nuque : peu après, cette douleur monta le long de l’occipital, et se fixa vers l’origine des muscles extenseurs de la tête ; la fièvre se déclara de temps en temps ; il y eut aussi, au commencement de la maladie, une difficulté d’avaler : enfin vers le mois de février 1753, la malade devint folle ; tous les remèdes furent inutiles ; elle mourut au mois d’avril, huit mois après l’invasion des premiers accidents. Il y avait une grande quantité d’eau jaunâtre, un peu verte, épanchée dans les ventricules du cerveau ; le plexus choroïde en était inondé, et ses glandes étaient grosses et dures ; l’apophyse cunéiforme était cariée légèrement à son extrémité inférieure ; les apophyses transverses de la première vertèbre du cou, près de la deuxième, étaient cariées, ainsi que la partie latérale de son corps ; les apophyses transverses de la deuxième vertèbre étaient aussi cariées ; l’apophyse odontoïde était presque rongée à sa base ; le ligament qui l’attachait au grand trou de l’os occipital, et à la première vertèbre, était rongé, de façon qu’il ballottait, et s’était déjeté dans la moelle allongée.

Saviard dit qu’un homme âgé de trente-cinq ans, et qui avait toujours joui d’une bonne santé, souffrit pendant un an d’une douleur de tête si atroce, qu’il en perdit la raison. Il succomba à tant de souffrances. L’autopsie n’offrit rien dans la poitrine ni dans le ventre, mais entre la dure-mère et la pie-mère, vers la jonction de la suture sagittale avec la lombdoïde, s’élevait un petit os fort pointu, et de forme triangulaire ; la dure-mère était livide, et les ventricules supérieurs remplis d’eau.

Lommius rapporte qu’un homme qui fut emporté par une attaque d’apoplexie, ayant été ouvert, on trouva du pus épanché sous le cerveau ; cette matière sortait des ventricules, et son foyer était un abcès qui s’était formé dans un des corps cannelés.

Ramazzini a vu un malade chez lequel la déglutition était devenue impossible, à cause de la paralysie complète du gosier : le sujet vécut cependant, prenant une nourriture suffisante au moyen des clystères. Le même médecin cite un cas où l’œsophage étant très-affaibli et ses mouvements presque nuls, le dernier bol alimentaire y restait toujours, il n’en était chassé que par un nouveau bol qui y séjournait à son tour, jusqu’à ce qu’un autre vint le remplacer.

Notre collègue, M. le docteur Guersent, a été témoin, à Rouen, en 1806, d’une rupture de l’œsophage à la suite d’un vomissement. Le sujet de cette observation est une fille de sept ans, qui, jouissant ordinairement d’une bonne santé, fut prise d’un dévoiement qui durait depuis quelques jours, lorsque peu d’heures après son dîner elle éprouva des vomissements. Il lui survint, pendant la nuit, de la fièvre accompagnée de soif et d’assoupissement. A cet état, se joignit, le lendemain, des nausées, des convulsions, la face devint violette, la pupille dilatée, la peau brûlante, la déglutition pénible, douloureuse, la respiration gênée ; enfin la malade expira trente-six heures après l’invasion du premier accident. L’ouverture du cadavre ne présenta nulle autre cause de la mort qu’une déchirure de l’œsophage de forme ovale et oblongue, d’un centimètre de large sur deux de long. Cette déchirure était située à quatre ou cinq centimètres au dessus du diaphragme. La poitrine, du côté droit, ne résonnait pas, ce côté était rempli d’une liqueur de couleur brune, dans laquelle nageaient des flocons d’un vert foncé. Un stylet introduit dans la déchirure de l’œsophage, de haut en bas, pénétrait dans l’estomac, et en pressant cet organe, on faisait sortir, par la déchirure, un liquide semblable à celui que contenait la poitrine. On ne connaît que deux cas semblables à celui que nous venons de rapporter. Boerhaave en cite un, et le second fut consigné, en 1740, dans le Journal de Baldinger, par M. Brewer. Le sujet mourut de la suite de cet accident.

Un homme de soixante ans avala un morceau de viande qui s’arrêta au fond du gosier ; des accidents graves se manifestèrent aussitôt : le chirurgien ne pouvant déplacer le corps étranger, ouvrit la veine médiane du bras droit et y injecta une solution de quatre grains de tartrate antimonié de potasse dans une once d’eau chaude. Une minute après cette opération, le malade vomit et rendit le corps étranger. Il n’y a qu’un fait analogue à celui-là ; il est rapporté dans la Bibliothèque de la Chirurgie du nord, par M. le professeur Rougemont, mon honorable ami.

Un jeune homme avait éprouvé une fluxion de poitrine à l’âge de dix-huit ans ; il en fut fort bien guéri ; il fit ensuite de grands excès avec les femmes, essuya des fatigues à la guerre, et fut atteint de plusieurs affections vénériennes qui furent négligées. Tant d’excès altérèrent sa santé. A vingt-quatre ans, il avait éprouvé un rhume fort opiniâtre accompagné d’une vive douleur au côté gauche ; elle cessa avec le rhume, mais se représentait par la plus légère cause. Après diverses maladies, le sujet fut pris d’une toux sèche, et sa douleur de côté devint si forte qu’il ne pouvait plus faire quelques pas sans se reposer, et ne pouvait se mettre au lit de lui-même. Le malade éprouva du soulagement, puis de nouveaux accidents. Il devint fort maigre ; il se développa à l’endroit où il res-sentait cette douleur de côté, une énorme tumeur ; il éprouva des suffocations continuelles ; enfin il succomba à tant de maux à l’âge de vingt-huit ans. A son ouverture, M. Dupuytren et M. Geoffroy trouvèrent un kyste dans le lobe gauche du foie, en partie caché dans sa substance, en partie saillant dans l’abdomen, et semblable à une vessie qu’on pouvait mouvoir et déplacer à volonté. La cavité de ce kyste, dont la membrane était très-mince, contenait une liqueur brune et une grande quantité d’hydatides, dont les plus grosses étaient comme un jaune d’œuf ; la poitrine avait une dimension considérable ; cette cavité était si exactement remplie, que le cœur, repoussé en bas, correspondait à la partie supérieure de l’épigastre ; les deux poumons comprimés, aplatis et réduits à un feuillet très-mince, étaient relégués à la partie antérieure de la poitrine derrière les cartilages des côtes. Le reste de ces cavités était occupé par deux tumeurs très-volumineuses placées de chaque côté, étendues l’une et l’autre du sommet de la poitrine au diaphragme et le long des côtes auxquelles elles adhéraient intimement, ainsi qu’à la cavité de la poitrine. ces deux tumeurs également tendues et fluctuantes, avaient une enveloppe blanche, fibreuse, assez mince quoique fort résistante, et renfermaient dans leur cavité, de chaque côté, une énorme hydatide. Ces hydatites, qu’on nomme viscérales, remplissaient exactement chaque kyste et semblaient y adhérer à l’aide d’une matière glutineuse. Le liquide parfaitement limpide qu’elles contenaient, a été évalué à cinq pintes et demi pour chacune ; leur largeur était de onze pouces.

On lit, dans les Mémoires de l’académie des sciences, de 1730, une observation à peu près semblable, faite par M. Maloet.

Le docteur Valentin a recueilli l’observation suivante : un phtisique, Joseph Shildigger, huit mois avant sa mort, qui eut lieu à l’hôpital de New-York, éprouvait de grandes difficultés de respirer, une toux violente ; il expectorait des matières pituiteuses et purulentes, quelquefois sanguinolentes et souvent des petites pierres, dont plus de deux cents ont été recueillies pendant les huit derniers mois de sa vie : il se trouvait soulagé après avoir rendu de ces pierres. cet homme étant tailleur de pierres, on a soupçonné que ces concrétions s’étaient formées par la poussière qui s’introduisait dans ses poumons au moyen de la respiration, en travaillant de son état. Ces calculs étaient de forme irrégulière, très-durs, de couleur grise ou pâle d’ardoise, ils devenaient blancs et s’amollissaient par l’action des acides végétaux et minéraux. L’analyse chimique a prouvé que ces calculs étaient du phosphate de chaux. A l’ouverture du cadavre, on trouva presque toute la substance des poumons convertie en concrétions pierreuses ; mais les plus considérables et les plus dures étaient dans les glandes lymphatiques situées près de la bifurcation de la trachée. Cet infracteur calculeux n’avait pas partout la même fermeté ni la même couleur ; en quelques endroits, il était noirâtre, en d’autres, d’un brun jaune. le poumon droit était adhérent à la plèvre costale. La matière concrète terreuse était amassée dans cet organe en si grande abondance, que le viscère paraissait être converti en pétrification. Voyez phtisie pulmonaire.

Un soldat, ayant reçu un coup de feu à la poitrine, fut relevé presque mort : une hémorragie abondante faisait désespérer de sa vie. A force de soins, le sang commença à couler avec moins de force vers le troisième jour ; insensiblement les forces du malade revinrent, la suppuration succéda à l’hémorragie ; il sortit plusieurs esquilles d’une côte que la balle avait fracturée. Au bout de trois mois, la plaie se cicatrisa et le malade, rétabli, n’éprouvait d’autre incommodité que de fréquentes palpitations de cœur qui le tourmentèrent pendant trois ans ; elles devinrent moins fortes pendant trois autres années. Il mourut d’une maladie étrangère aux palpitations, six ans après sa blessure. M. Maussion, chirurgien en chef de l’hôpital d’Orléans, fit l’ouverture du cadavre ; il observa que la cicatrice qui résultait de la plaie d’arme à feu, était profonde, qu’il y avait perte de substance à la côte fracturée. poussant plus loin ses recherches, M. Maussion trouva la balle enchatonnée dans le ventricule droit du cœur, près de sa pointe, recouverte en grande partie par le péricarde et appuyée sur le septum medium. Cette observation nous a été communiquée par M. le docteur Latour, premier médecin de S. A. I. le grand duc de Berg ; ce savant praticien nous a permis de l’extraire d’un Traité ex professo sur les hémorragies, dont il va bientôt enrichir l’art de guérir.

Voici un fait bien extraordinaire et dont je n’ai lu aucun exemple : une femme mangeant un morceau de pain beurré, l’avala de travers, de manière qu’il s’introduisit dans la trachée-artère et de là dans le poumon ; il résultat de la présence de ce corps étranger, de violents accidents que l’on parvint à calmer par l’emploi des saignées : un abcès se forma dans le poumon ; la nature en favorisa l’ouverture, et l’évacuation de la matière eut lieu par la trachée-artère. (Transact. philos., 1765)

Le Mercure de France, de 1756, rapporte l’histoire d’un homme qui avait, depuis longtemps, beaucoup de difficultés à respirer ; il mourut âgé de soixante-dix ans ; l’ouverture du lobe droit du poumon y fit remarquer une tumeur enkystée dont le noyau était ossifié.

On lit dans le Commentaire de Leipsick, tome xvii, qu’un vieillard, du même âge que le précédent, avait le lobe inférieur du poumon gauche ossifié ; ses os étaient ramollis, ses poumons remplis de vomiques ; les viscères du bas-ventre étaient sphacelés ; le diaphragme enflammé, et le cœur très-petit et exténué.

Vacher de Besançon a publié, en 1738, l’observation d’une femme qui avala un brin de paille en brisant du chanvre ; aussitôt après, elle fut attaquée d’une toux très-douloureuse accompagnée de suffocations, de difficultés de parler et de picotements au gosier. Cette malheureuse succomba le troisième jour. Le brin de paille fut trouvé dans l’intérieur de la première subdivision des bronches qui se distribuent à l’entrée du lobe gauche du poumon : il était situé transversalement et piquait par ses deux extrémités les parois internes. Les poumons étaient enflammés par l’irritation que produisait ce corps étranger.

Alberatinus assure avoir vu une tumeur sanguine sous la tunique externe du péricarde : cette tumeur était inégale, anfractueuse, épaisse de trois travers de doigt et large de deux. Elle était placée vis-à-vis du côté droit du cœur, et était parallèle, dans sa longueur, à l’axe de cet organe. Il faut regretter, avec Vicq-d’Azyr, que l’observateur n’ait point eu l’occasion d’étudier, du vivant du malade, les accidents que devait produire une semblable tumeur.

Licutaud rapporte un exemple de la rupture du diaphragme à la suite d’un vomissement violent, opiniâtre et très-prolongé. Un cas semblable est cité dans les Miscellanea curiosa. Vicq-d’Azyr regarde de pareils cas comme très-rares et n’en a pas lu d’autres exemples.

Du temps de Galien, un jeune homme reçut une blessure à la poitrine, d’un instrument tranchant. La plaie fut mal traitée, négligée : au bout de quatre mois, il se forma un abcès dans l’endroit où le malade avait reçu le coup ; on donna issue au pus au moyen d’une incision, mais la plaie s’étant trop tôt fermée, de nouveaux accidents obligèrent de la r’ouvrir : elle devint fistuleuse et la cicatrice ne s’opérait point. Le sternum était affecté de carie ; Galien, appelé, enleva cet os et le cœur se montra à découvert, dénué de son péricarde : la suppuration avait détruit le sac, et, malgré sa perte, le malade guérit entièrement.

Un marchant mourut d’une plaie de tête ; à l’ouverture de son cadavre, Nicolas Massa trouva un abcès de la grosseur d’un œuf de pigeon dans la substance de l’oreillette du cœur. cette tumeur, qui causa la mort, était sans doute un cas de métastase bien rare.

Une demoiselle âgée de treize ans, d’un caractère mélancolique, fut affectée d’une variole confluente dont elle guérit. A peine convalescente, elle ressentit une forte douleur du côté droit de la tête, des angoisses, des palpitations au cœur ; le pouls était dur, tendu, convulsif ; la malade perdit l’usage de ses sens, le visage devint d’un rouge cramoisi, puis violet et livide ; la mort survint le cinquième jour de l’invasion des premiers accidents. Le ventricule gauche du cœur était vide de sang ; le ventricule droit, l’oreillette droite et la veine-cave étaient gorgés d’une très-grande quantité de sang : il existait sous la valvule postérieure un corps dur, pierreux et qui semblait être un paquet de vaisseaux pétrifiés. Les valvules étaient raides, tendues, épaisses, enflammées. Le bistouri porté dans la substance pulmonaire, fut émoussé par des pierres de différentes formes et de diverses grosseurs. Cette jeune personne n’avait jamais ressenti d’oppressions ni aucun accident qui pussent faire soupçonner l’état pathologique du cœur et des poumons.

Vicq-d’Azyr dit qu’un enfant ayant eu un abcès à la suite d’une pleurésie, le cœur se porta du côté droit.

Le même auteur a vu un sujet chez lequel le cœur s’était déchiré spontanément vers la pointe du ventricule droit. Morgagni rapporte bien un exemple de semblable déchirure, mais il existait une prédisposition, par la présence d’un ulcère qui affaiblissait les parois de ce muscle.

Bouvart a vu un cœur dont le ramollissement était tel, qu’une sonde s’y enfonçait par son propre poids.

Le Journal des savants, année 1772, contient l’observation d’un sujet mort à la suite d’une maladie épidémique caractérisée par la présence des vers dans les intestins, chez lequel il fut trouvé un ver dans le ventricule gauche du cœur.

Lapeyronnie assure avoir trouvé des pelotons de vers entre la base du cœur et le péricarde ; il dit aussi en avoir rencontré dans les ventricules.

Pierre de Castro, Vidius le jeune et Vidal ont observé des vers dans l’aorte, chez des sujets morts à la suite de fièvres épidémiques.

Senac a consigné, dans son traité du cœur, l’observation suivante : à l’ouverture du corps d’un nommé Jean Larue, faite en 1733, on remarqua une ossification considérable du cœur ; elle était parfaitement bien formée. La surface extérieure des oreillettes était légèrement ossifiée, la droite l’était un peu plus que la gauche. L’artère pulmonaire, l’aorte et la veine cave étaient dans l’état naturel ; les trois valvules semi-lunaires étaient cartilagineuses, plus inférieurement que vers leur milieu. On voyait à leur partie supérieure un bourrelet osseux ; le bouton décrit par Morgagni était ossifié ; le ventricule gauche était d’une ampleur double de sa dimension ordinaire. L’ossification du cœur s’étendait antérieurement, depuis la base jusqu’au tiers de cet organe ; postérieurement elle descendait jusqu’à la pointe. L’épaisseur la plus grande de l’ossification avait un pouce ; la plus mince était semblable à celle d’un écu de trois livres. Cette ossification était inégale et plus raboteuse en dehors qu’en dedans. les inégalités figuraient des espèces de clous osseux, comme des exosmoses qui poussaient en dehors une éminence aiguë fort considérable. La contiguïté de cette ossification était par trois fois interrompue par des portions cartilagineuses ou membraneuses. partout où la substance osseuse était interrompue, le péricarde s’attachait à la substance intermédiaire. Cet os pesait deux onces sept gros ; il avait l’étendue de la paume de la main, et se propageait jusqu’aux fibres internes des ventricules, lesquelles étaient un peu cartilagineuses. Le phénomène qui vient d’être exposé était caractérisé du vivant du sujet par la lenteur du pouls, la difficulté de respirer, par une toux forte et sonore, et par la convulsion du diaphragme.

Garangeot fait mention d’un jésuite, âgé de soixante-douze ans, qui portait, dans la substance des ventricules du cœur, un os de quatre pouces et demi de longueur et de la largeur d’un pouce. La forme de ce corps était semi-lunaire il était convexe dans son milieu, plat à sa surface extérieure ; il ne pénétrait pas dans la cavité des ventricules, il les embrassait obliquement ; montait de droite à gauche et s’introduisait jusqu’au sinus pulmonaire. Les fibres charnues adhéraient si fortement à cet os, qu’on aurait pensé qu’elles en faisaient partie. Les gros vaisseaux qui partent de la bas du cœur et qui sont assez fréquemment ossifiés dans les vieillards, ne l’étaient pas dans celui-ci.

François Botta ouvrit, en présence de Leucatel et de plusieurs théologiens, le cadavre d’un homme mort après une longue maladie ; tout le péricarde était putréfié ; la plus grande partie du cœur était rongée : les restes de cet organe palpitaient encore.

Nous devons à M. le docteur Andry l’observation suivante : en 1708, on ouvrit le corps de madame Dangouillau, peu d’heures après le décès de cette dame ; la surface et les ventricules du cœur étaient si gangrenés en quelques endroits, qu’en les touchant, ils s’enfonçaient sous les doigts. ce fait et plusieurs autres recueillis dans cet article, sont contraires à la doctrine de Galien, qui prétendait qu’il ne peut se former d’abcès ni de déchirures du cœur, parce que la mort s’ensuivrait avant que la maladie ne pût se développer.

Au rapport de Plater, le cœur d’un jeune homme qui avait été très-tourmenté par des palpitations, contenait au milieu des ventricules un os qui avait trois pointes et qui était couvert de trois enveloppes. Cet os était creux, et rempli d’une matière sablonneuse.

Battolini dit que le cœur du pape Urbain vii contenait un os qui avait la forme d’un T arabe.

L’affection catarrhale connue sous le nom de grippe, qui régna épidémiquement en France et dans presque toute l’Europe, il y a neuf ou dix ans, se manifesta chez une dame très-sanguine et d’une constitution robuste, avec l’appareil des symptômes les plus énergiques. Cette dame était enceinte de sept mois. La toux, dès le premier jour, était convulsive, sèche, continuelle ; la respiration était gênée, laborieuse, sifflante ; les moyens indiqués ne produisirent aucun soulagement ; à onze heures du soir et dès le premier jour, la suffocation était à son comble ; le pouls profond, serré, dur ; le visage pourpré, les yeux injectés et roulants dans la tête, tous ces accidents nous déterminèrent à saigner la malade : douze onces de sang la calmèrent ; la nuit fut assez bonne ; la journée suivante se passa sans que la maladie offrit rien de remarquable ; cependant il n’y avait point d’expectoration. Vers la nuit, les symptômes alarmants qui avaient eu lieu la veille se reproduisirent avec une telle énergie, qu’à onze heures il fallut encore saigner ; même résultat. Je prenais trop d’intérêt à la malade pour ne pas m’environner d’un conseil éclairé ; un médecin dont j’estimais les lumières et le jugement fut appelé : instruit de tout ce qui s’était passé, il me conseilla de renoncer à la saignée et blâma celles que j’avais cru indispensables la veille et l’avant-veille. Dès qu’il fut nuit, les accidents que je redoutais ne tardèrent pas à se manifester avec la même intensité que les jours précédents. A onze heures, j’allai moi-même chercher mon confrère ; effrayé par tout ce qu’il vit, il n’hésita pas à proposer une saignée de douze onces ; cette opération fut suivie des succès accoutumés ; il fallut la récidiver le lendemain et les jours suivants. Pendant soixante jours que dura la maladie, cinquante-cinq saignées furent pratiquées ; il est vrai qu’elles varièrent depuis huit jusqu’à trois onces, à l’exception des trois premières qui furent de douze onces. L’accouchement qui se fit avec facilité termina sur-le-champ le redoutable catarrhe, qui, quelques jours plus tard, aurait infailliblement fait succomber la malade, devenue d’une faiblesse extrême et vomissant les aliments les plus légers : toutes ses forces s’épuisaient dans le paroxysme qui avait toujours lieu à l’entrée de la nuit et ne se terminait qu’à onze heures, par l’évacuation sanguine que je provoquais par la saignée. L’enfant, à mon grand étonnement, était fort et bien portant. La mère ne tarda pas à se rétablir ; mais elle fut fort longtemps avant de recouvrer l’intégrité de ses forces et de son embonpoint.

J’omettais de dire que pendant le dernier mois de sa maladie, cette dame avait, dans l’intervalle des accès, des absences de raison, des vésanies qui ajoutaient de nouvelles alarmes à celles que me causait la maladie principale, dont le diagnostic devenait chaque jour plus fâcheux.

Une dame, quatre jours après sa première couche, avait éprouvé à l’âge de vingt-quatre ans un saisissement violent qui avait supprimé les lochies et répercuté son lait : il n’avait plus reparu et les menstrues ne s’étaient plus manifestées. Vingt-deux ans après, cette dame qui avait toujours joui d’une bonne santé et qui avait conservé une sorte de fraîcheur, fut prise d’un rhume qu’elle négligea pendant plusieurs mois, durant un hiver froid et humide. Au printemps, ses mamelles s’enflèrent, elles se remplirent d’un lait abondant, butyreux et d’une saveur fort douce (en même temps ses règles reparurent) : un point pleurétique, un crachement de sang accompagnèrent ces deux phénomènes : la malade était devenue excessivement maigre. Ce fut à cette époque que je la vis. Déjà mes soins semblaient devoir triompher de tant de causes délétères, lorsque des chagrins inopinés et cuisants, vinrent troubler l’âme de la malade : elle partit pour la campagne, et trop éloigné, je ne pus suivre son traitement ; quatre mois après elle expira, désespérée d’avoir trop vécu, puisqu’elle survivait à une fille unique et adorée.

Un militaire reçut un coup de feu, dont la balle traversa en ligne directe les deux lobes du poumon, étant entré à la partie moyenne externe gauche de la poitrine, et sortant du côté opposé. Le coup avait été tiré à bout portant, la plaie contenait des portions de vêtements et les bourres du fusil ; je passai un séton à travers la poitrine ; ce moyen entraîna chaque jour les corps étrangers avec la suppuration, qui par ce moyen ne s’arrêtait pas dans l’organe pulmonaire ; en vingt-sept jours la plaie fut cicatrisée, et trois mois après la blessure, le militaire rejoignit son régiment, ne se ressentant point des suites d’une blessure aussi grave. Il est inutile de mentionner ici le reste du traitement auquel le malade fut soumis ; il fut conforme aux principes adoptés par la saine chirurgie. Le moyen du séton fut désapprouvé par plusieurs de mes camarades, mais dans un cas analogue Desault en avait fait usage avec succès, et ce fut son exemple qui me détermina à ne point avoir égard aux représentations de mes collègues de l’armée du nord.

Cabrol décrit ainsi l’estomac d’un polyphage : " au lieu d’avoir un estomac, c’est Cabrol lui-même qui parle, et six intestins, il n’avait forme ou figure de l’un ou des autres qui gardait proportion, hormis l’œsophage, lequel se venait aboutir en une capacité ample, ressemblant au four d’une courle d’été très-grosse, laquelle vers la partie droite, au dessous de la grande lobe du foie, près du chitifbelli faisait un repli tirant en haut, afin que l’aliment demeura plus longtemps dedans pour se digérer, à cause qu’il n’y avait aucun pilore pour l’empêcher de sortir : s’ensuivait après un intestin depuis le lieu ou devait être ledit pilore jusqu’au fondement, sans aucune révolution, et au lieu d’avoir six ou sept aunes de long, ne contenait que quatre pans ou figure, quasi d’une lettre S, mais de grosseur étrange. " Fabrice de Hilden rapporte qu’un homme eut le côté gauche de la poitrine traversé par un coup d’épée ; elle avait pénétré en devant entre la quatrième et la cinquième côte, et sortait en arrière au dessous de la troisième. Les plaies furent fermées au bout de deux mois, et le blessé parut se bien porter, mais cinq mois après, il éprouva des vomissements continuels qui entraînaient les aliments solides et liquides, puis ils étaient chargés d’une bile verdâtre et de matière noire ; le cinquième jour le malade périt. Le diaphragme était percé dans son centre aponévrotique. L’estomac était passé tout entier par cette ouverture, dans la poitrine. Les poumons collés aux côtes étaient extrêmement petits, le cœur était refoulé à droite, et il est à remarquer que depuis l’instant de la blessure, les battements du cœur s’étaient toujours fait sentir au côté droit.

On lit dans le journal de Desault, qu’un homme avait fait, à l’âge de trente-neuf ans, une chute au dôme des Invalides, sur différents échafaudages et de là sur des décombres ; il fut en danger pendant six mois ; il reprit enfin ses travaux de charpentier, quoiqu’il n’ait jamais été exempt, pendant quinze ans, d’une difficulté de respirer, d’une toux sèche et fréquente, de malaises et de douleurs au côté gauche de la poitrine. En 1791, quinze ans après sa première chute, il en fit une seconde d’environ vingt pieds de haut avec fractures de plusieurs côtes du côté gauche, l’emphysème occupait ce côté, il y avait oppression, agitation, inquiétude, douleur, crachement de sang, vomissement des boissons, etc. Au bout de quinze heures, le blessé mourut. L’estomac et l’arc du colon étaient passés dans la poitrine, et ils en occupaient le côté gauche ; ils s’y étaient portés par une ouverture ancienne pratiquée accidentellement au quart externe du centre aponévrotique du diaphragme ; elle était ovalaire et avait deux pouces et demi dans son grand diamètre ; elle résultait, sans doute, de la première chute. L’épiploon et la rate y adhéraient ; il y avait une plaie récente au diaphragme, mais plus à gauche ; une portion du colon s’était introduite par là dans la poitrine. Le cœur était penché à droite, le poumon affaissé était d’une extrême petitesse et adhérent à la plèvre et aux côtes ; l’estomac était situé de manière que sa grande courbure se trouvait en haut et tournée vers le médiastin ; l’œsophage suivait cette direction ; l’arc du colon adhérait d’un côté à la petite courbure de l’estomac, et reposait de l’autre sur le diaphragme où il était libre. Tous ces désordres, toutes ces transpositions résultaient de la chute faite depuis quinze ans ; la dernière, devenue mortelle par le surcroît de la fracture de sept côtes, n’avait produit qu’une nouvelle déchirure de trois pouces d’étendue au diaphragme, par où passait une portion du colon.

Il est mort à Londres, en 1809, un nommé Commingo, qui souvent étant ivre, avait avalé une quantité considérable de ces grands couteaux de poche que portent les matelots et les gens du peuple. Cet homme en avait rendu plusieurs par l’anus. Il fut conduit à l’hôpital de Guy, dirigé par les docteurs Babington et Curry. Il éprouvait une douleur affreuse dans la région épigastrique où l’on sentait facilement une dureté qui n’était pas naturelle : ses selles étaient d’une teinte fortement ferrugineuse. Ce malade était d’une maigreur extrême ; son estomac avait perdu la faculté de digérer. Peu de temps avant sa mort, on sentait en posant le doigt dans le rectum, quelques portions de couteau. L’examen du cadavre a confirmé l’histoire bizarre de ce malheureux. L’estomac recelait plusieurs morceaux de corne et quelques portions du fer des couteaux , ces derniers étaient considérablement changés par l’action des sucs de l’estomac : un morceau de fer avait percé le colon, et faisait saillie dans la cavité abdominale ; d’autres furent trouvés passant à travers le rectum et fixés dans les muscles qui tapissent les parois internes du bassin. (Journal de Médecine, tome xxi).

On lit, dans le Bulletin des sciences médicales du département de l’Eure, l’observation d’une femme de cinquante et un ans, attaquée depuis l’âge de trente ans d’une hydropisie ascite, dont la cure palliative a déjà nécessité cent cinquante-quatre ponctions. Cette opération a produit, chaque fois, environ vingt pintes d’eau. La personne n’a cessé de vaquer aux travaux des champs ; elle a eu deux enfants qu’elle a allaités ; l’un de ces enfants, encore vivant, est âgé de treize ans : on lui a fait la ponction trois ou quatre fois à chaque grossesse. Le rédacteur du Journal de Médecine cite le cas d’un individu, existant à Paris, auquel on a fait la ponction plus de trois cents fois.

Un chirurgien a guéri par cinq points de suture, une plaie longue de deux pouces, à la grande courbature de l’estomac ; cette plaie existait chez un enfant de dix ans, et avait été produite par une chute, sur un corps aigu, immédiatement après le repas. Il ne fallut que onze semaines pour que la guérison fut complète. (Ann. de lit. méd. étr.)

M. Ansiaux, chirurgien à Liège, a visité un conscrit qui avait une singulière hernie de l’estomac. Cet homme porte à la partie moyenne et supérieure de la région épigastrique, une tumeur survenue à la suite d’une plaie faite avec un couteau : elle disparaît par la compression ; elle rentre entièrement lorsque l’estomac est plein, et reparaît ensuite lorsque la digestion a débarrassé l’estomac des aliments qu’il contenait. Lieutaud, (Historia anatomica moborum), cite l’observation de Blancard, sur une hydropisie de l’estomac, dans laquelle le viscère contenait quatre-vingt-dix livres d’eau. Sa surface interne était parsemée d’hydatides. L’extrême dilatation de l’estomac donnait au ventre un volume extraordinaire, le malade, dans les derniers jours eut de la fièvre, il éprouva une soif dévorante, des suffocations et d’horribles angoisses. Le même auteur apporte deux observations de poux, qui ont été trouvés pullulant dans l’estomac. ces insectes s’y rassemblaient par pelotons. Dans l’une de ces observations, puisée dans la cinquante-quatrième observation d’Heurinius, les poux étaient logés dans des vésicules adhérentes aux parois de l’estomac ; il est probable que ces poux venaient de l’extérieur : ce qui fortifie notre opinion, c’est que dans la première observation, il est prouvé que le malade avait avalé plusieurs fois de ces insectes. Les accidents qu’ils ont produits chez les deux individus, où on les a remarqués, sont bien diffé-rents ; ils ont excité une faim canine à l’un, ensuite l’atrophie et la mort ; chez le second, ils ont causé une douleur d’estomac continuelle jusqu’à la mort ; (Voyez Bonet, observ. 53) où Lieutaud a puisé ce second cas. Nul autre auteur ne fait mention d’une semblable maladie.

Ruysch parle d’une femme, qui, depuis longtemps éprouvait une faim canine : elle mangeait considérablement ; elle mourut à la suite de violentes douleurs à l’abdomen. Rien de remarquable dans les viscères, si ce n’est le pylore qui était tellement dilaté qu’il laissait passer le poing.

Lemery rapporte l’observation d’un religieux, attaqué depuis huit ans d’un vomissement périodique, dont les circonstances sont fort rares. Cinq heures avant de vomir, le malade éprouvait une douleur très-forte aux reins ; le vomissement durait quatre à cinq heures avec des intervalles. La matière des vomissements était d’une couleur rouge foncé. Ce n’était que de l’eau, ayant une forte odeur d’urine ; le malade mangeait peu, ne buvait que du vin et copieusement ; dès que le vomissement cessait, il se portait bien ; l’exercice lui était salutaire ; il souffrait davantage lorsqu’il avait négligé de s’y livrer.

Félix Plater (Observ. lib. 3) a vu un homme qu’on conduisait au supplice, se plaindre d’une cardialgie. On le décapita, et dans le même moment où la tête fut tranchée, le vomissement eut lieu, et fit jaillir à une grande distance tout ce que contenait l’estomac.

Le tartrate antimonié de potasse est un violent poison ; il opère sous le rapport de cette propriété, dès qu’il est porté à la dose de plus de cinq ou six grains à la fois ; excepté dans certains cas pathologiques où la sensibilité est abolie ; cependant Morgagni (Epist. 59), assure qu’un homme, qui, par erreur, en avait avalé deux gros, ne mourut point ; il vomit beaucoup et n’éprouva que des anxiétés.

Un jeune homme ayant été blessé à l’épigastre, un an avant sa mort, éprouvait à la moindre irrégularité dans son régime, des douleurs dans l’abdomen ; ces douleurs devinrent plus fortes et plus fréquentes, et furent accompagnées de vomis-sement : rien ne soulageait le malade, il vomit une matière féculente et mourut. les intestins étaient rougeâtres, la vésicule du fiel remplie d’une bile noire. Le diaphragme était rompu dans l’endroit où passe l’œsophage, et l’estomac avait pénétré dans la poitrine, par l’ouverture qu’offrait cette rupture ; une portion de l’épiploon accompagnait l’estomac.

Nous fûmes appelés à bruxelles, il y a une douzaine d’année, pour donner nos soins à un homme d’environ cinquante ans, qui ne pouvait émettre ses matières stercorales. Depuis quatre ans, il était valétudinaire à cause de cette constipation qui avait fait des progrès continuels, malgré les secours de l’art. Son ventre, lorsque nous le vîmes, n’était pas plus gros que dans l’état naturel, mais il était tendu comme un tambour. La région abdominale, et par sa forme et par sa dureté semblait contenir une colonne de marbre. Les lavements ne pouvaient pas pénétrer dans le tube intestinal, ils semblaient en être repoussés ; il fallait se servir d’une seringue d’enfant nouveau-né pour injecter quelque liquide dans le rectum ; alors, après des efforts inouïs, le malade rendait des excréments dont la consistance ressemblait à celle d’une pâte très-pétrie ; ils avaient la forme d’un ruban de soie de la largeur d’une ligne, et ils étaient aussi minces. Le malade en rendait à la fois une ou deux aunes, tous les deux ou trois jours, après plusieurs injections semblables à celles dont nous venons de parler. A la mort de ce sujet, qui éprouvait les plus atroces coliques, nous reconnûmes que la totalité du tube intestinal était racornie et tellement oblitérée, qu’une sonde de poitrine avait de la peine à y pénétrer, même dans le rectum, qui était devenu presque cartilagineux ; les autres intestins ne présentaient pas ce caractère particulier. Le foie était très-noir et très-dur, mais il n’avait pas augmenté de volume. Nous ne remarquâmes point d’autres particularités dans l’examen des autres viscères. Cette singulière maladie, à ce que nous découvrîmes, en questionnant le sujet, était due à l’usage qu’il avait fait pendant un an de l’acétate de plomb, pris en lavement et en boisson, pour combattre une diarrhée, qui depuis longtemps le tourmentait, et n’avait pas voulu céder aux remèdes ordinaires. Il est affligeant de dire que ce fut par le conseil d’un homme appartenant à l’art de guérir, que le malade avait fait usage d’un poison aussi insidieux que celui dont nous venons de parler.

Un malade observé par le docteur Mangin, ne vivait que de lait, ses selles étaient absolument supprimées, on lui retirait de l’anus une infinité de petits calculs. Nous avons vu un fait semblable chez un vieillard de quatre-vingts ans, qui, depuis plus de vingt ans ne vivait que de lait très-sucré, seul remède efficace qu’il eût pu opposer à une dysenterie scorbutique. Quoique vieux, son anus repoussait au dehors les petits cailloux blancs, qui s’amassaient dans le rectum ; cette opération avait lieu tous les huit ou neuf jours. Ce vieillard jouissait d’une excellente santé ; il était gai, actif ; il avait toutes ses dents, mais elles semblaient avoir été limées au niveau des gencives. Il est mort de frayeur à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Il est à remarquer qu’étant subitement tombé dans l’état d’enfance à la suite de cette frayeur, il rendit, dès-lors des excréments semblables à ceux des enfants ; il les rendait involontairement ; il ne vécut que cinq jours dans cet état déplorable.

Le professeur Jacques Thommassini a inséré, en 1808, dans le Journal de médecine de Parme, l’observation suivante : un homme de trente ans, fluet, brun, et d’un naturel vif, eut, dès les premières années de sa vie, une paresse du ventre peu ordinaire à l’enfance ; chaque année, ses selles devenaient plus rares ; de vingt à vingt-quatre ans, une évacuation tous les huit ou dix jours ; ensuite tous les douze jours. A vingt-six ans, une tous les vingt-deux jours. La maigreur, qui depuis son enfance affecte le sujet, augmente dans la même proportion que la constipation ; au moment où le docteur Thommassini l’observe, il a trente ans, son appétit est considérable ; il mange autant que deux personnes ; il éprouve une grande soif ; ses urines sont naturelles quant à la quantité et à la qualité. Aucun remède, nul régime n’ont pu combattre cette constipation ; les purgatifs opèrent, mais ils affaiblissent le sujet. Les matières qu’il rend sont dures et ont la forme de petites pelotes ; la langue est bonne, le ventre dans l’état naturel, le pouls est fréquent et la chaleur naturelle.

M. Revolat a communiqué à la Société de Médecine de Marseille, l’observation d’un sujet éminemment nerveux, et que de fréquents abus dans le régime, avaient jeté dans un état déplorable ; il éprouva pendant six mois, une suppression totale des évacuations stercorales. Des tempérants, combinés avec de légers toniques, ont combattu avec succès cette étonnante constipation ; l’ordre naturel s’est rétabli.

Un soldat russe avait une ascite des plus volumineuse accompagnée d’une infiltration énorme du scrotum et des extrémités inférieures. Vu l’absence de la douleur, de la chaleur, de la fièvre, le ventre étant serré, la sécrétion des urines nulle, le docteur Armet, médecin de l’hôpital militaire de Valenciennes, administra les minoratifs et les diurétiques. mais ces remèdes trompèrent l’espoir du savant médecin qui les administraient : les diurétiques agissaient comme purgatifs, et les minoratifs comme drastiques. Ce russe ayant succombé, le péritoine et la surface externe de tous les viscères qu’il recouvre, présentaient les vaisseaux sanguins comme s’ils eussent été admirablement injectés. Ce caractère particulier du système sanguin dans l’hydropisie, fit penser au docteur Armet que les russes qui étaient depuis longtemps prisonniers à Valenciennes avaient éprouvé, sous le ciel de la France, un changement de constitution, et que les hydropisies dont presque tous ceux qu’il avait dans son hôpital étaient atteints, pouvaient provenir de la conversion de la constitution muqueuse dont les russes sont doués, en constitution inflammatoire. D’après ce système, le docteur Armet fit saigner un russe hydropique, qui présentait les mêmes symptômes et la même idiosyncrasie que le précédent. Quinze saignées le guérirent en cinq ou six semaines ; chaque saignée était de six à sept onces ; elle rendait la liberté au ventre et favorisait la sécrétion des urines ; à chaque saignée le malade recueillait des forces et de la gaieté, au point qu’il en sollicitait une nouvelle dès qu’il n’allait point à la selle ou n’urinait pas. Le régime végétal, les boissons émollientes légèrement nitrées, des lavements émollients furent les seuls moyens internes mis en usage. Le docteur Armet dit n’avoir jamais vu, pendant le temps d’une pratique longue et très-nombreuse, une ascite aussi volumineuse que celle de ce russe : le scrotum était gros comme la tête d’un enfant de sept ans. Une quarantaine de russes furent successivement traités d’ascite, plusieurs avec complication d’hydrothorax, par le même procédé : les saignées répétées ont constamment produit la guérison. (Lettre du docteur Armet à son ami le docteur Fournier, an ii.)

Vicq-d’Azyr rapporte, dans son article anatomie pathologique, (Dict. encycl.) une observation qui doit figurer parmi les cas très-rares, à cause de la cumulation des causes délétères qui ravageaient les différents viscères du sujet. On s’étonnera qu’il ait vécu avec une désorganisation aussi complète des parties les plus essentielles à la vie. Madame***, d’une taille assez élevée et maigre, fut affectée d’une maladie qui ne semblait intéresser que la poitrine, ses crachats étaient muqueux et sanguinolents. Quatre ou cinq mois après, elle mourut. On trouva le foie d’un volume énorme, descendant jusqu’à l’ombilic ; le grand lobe se portait dans l’hypocondre gauche, où le ligament suspenseur avait été rejeté ; la couleur de ce viscère était naturelle, mais sa substance était comme de la bouillie. La vésicule était à moitié remplie de bile ; le jéjunum et une partie de l’iléon étaient d’une couleur noirâtre en plusieurs endroits ; dans d’autres parties, ces intestins étaient enflammés ; il y avait dans l’appendice du cæcum une pierre friable de la grosseur d’une petite noisette, laquelle, séchée, s’allumait à une bougie. Un cheveu occupait le milieu des couches dont cette pierre était formée ; la consistance de la matrice était dure ; sa cavité était oblitérée : une tumeur stéatomateuse, de la grosseur d’un gros œuf de canne, occupait son foie, bien que rien n’en eut fait soupçonner la maladie avant la mort ; les ovaires contenaient une espèce de sable ; les reins étaient flasques et assez gros ; le poumon droit était adhérent aux côtes par la partie postérieure, retiré et rempli de tubercules ; en les coupant, il en sortait un mucilage sanguinolent semblable aux crachats que rendait la malade ; le poumon gauche était garni de semblables tubercules, mais il n’avait contracté aucune adhérence ; le cœur était flasque, mais sans vice organique : nul épanchement dans la poitrine.

On lit dans le tome xvi du Journal de Médecine, l’observation suivante ; M. Demet, docteur médecin, rapporte que M. de V., âgé de cinquante ans, d’une constitution robuste, avait eu dans sa jeunesse des hémorragies considérables (nasales sans doute), qui ont cessé à vingt-cinq ans ; dès lors M; de V. sentit des douleurs au côté droit de l’abdomen. Ces douleurs ne le quittèrent jamais : à quarante-trois ans, il s’en joignit une nouvelle à la région lombaire. Il invoqua et reçut en vain les secours de l’art. Il fut encore accablé d’une hématurie très-alarmante. Un jour, à la suite d’un pissement de sang considérable, le malade rendit par l’urètre, un ver long de quatorze pouces huit lignes, et de la grosseur d’un tuyau de plume d’oie ; il se sentit singulièrement soulagé : l’hématurie cessa. Dans l’espace de trois mois, M. de V. a rendu par l’urètre cinquante de ces vers de différentes grandeurs et de diverses formes. La plupart sont gros comme un petit tuyau de plume d’oie, et longs de six à huit pouces ; ils ressemblent beaucoup par leur forme et leur couleur aux lombricaux des intestins : les autres n’ont qu’environ dix-huit à vingt lignes de longueur. le malade était prévenu de la sortie de ces insectes, par un sentiment de chaleur dans toutes les voies urinaires, et par un léger mouvement fébrile qui cessait aussitôt que les vers étaient expulsés des reins dans la vessie ; il les rendait morts.

Un homme attaqué de gravelle et qui avait été hémiplégique, fut atteint d’une rétention d’urine ; à la suite de violentes douleurs, il sortit de l’urètre un corps noirâtre cylindrique, ayant la forme d’un vers ; ce corps fut suivi de beaucoup de sang mêlé avec les urines ; peu de moments après, le malade rendit un autre corps semblable au premier et long d’une aune, il en rendit consécutivement plusieurs autres. Exposés à l’air, ils contractaient une couleur plus noire ; ils acquéraient une plus grande ténacité dans l’esprit-de-vin. (Hist. Acad. 1735.)

Un homme déjà âgé s’étant remarié, ne pouvait éjaculer quoiqu’il entrât en érection. Étant mort d’une maladie aiguë, on trouva le vérumontanum durci et gros comme une petite noix. La semence était dans un état de putréfaction : les vaisseaux éjaculatoires étaient remplis de pierres fort dures, grosses comme des pois. (Zodiac. Gallic. ann. 2.)

On lit dans le Journal de physique de Rozier, qu’un homme âgé de quarante-cinq ans, et jouissant d’une bonne santé, rendait par les urines, à différentes reprises, un ver long d’environ quatre lignes, large d’une ligne et demie. Cet homme n’était nullement incommodé par ces insectes. Description: tête petite, effilée, portant à son extrémité deux petites antenales, sur les deux côtés deux petites huppes de poils ; deux rangées de neuf pattes terminées par un crochet, les pattes velues ; le corps velu et d’un jaune fauve.

Plusieurs célèbres médecins de la capitale, et parmi eux MM. Alibert, Portal et Gastellier observent, au moment où j’écris, un écoulement leucorrheique très-remarquable par rapport à son abondance, et surtout à cause de l’âge du sujet : c’est une demoiselle âgée de neuf ans ; sa taille est plus grande que celle des jeunes personnes du même âge ; le développement de ses facultés intellectuelles et de son organisation physique annoncent une grande précocité. Son teint habituellement pâle, s’anima facilement à la plus légère émotion de son âme. Ses cheveux sont d’un blond châtain, ses sourcils plus foncés, et les cils sont noirs ; elle a les yeux bleus, grands, peu animés, et la pupille dilatée. Le nez et les lèvres ne présentent aucun caractère scrofuleux. Depuis deux ans, cet enfant éprouve un écoulement lactiforme très-abondant et provenant du vagin ; cet écoulement est continuel ; à certains instants de la journée, il augmente à tel point que la malade, placée sur un siège, l’observateur voit le flux leucorrheique s’échapper à grands flots du vagin : peu de moments suffisent pour en recueillir une pinte. C’est alors une liqueur d’un blanc mat, et semblable à du lait. L’analyse chimique a prouvé qu’elle ne contient pas d’urine, mais une substance caséeuse. Divers moyens indiqués par la thé-rapeutique ont été infructueusement mis en usage ; tous produisent des accidents nerveux plus ou moins graves. Une douche ascendante prescrite par notre collègue M. Alibert, a supprimé l’écoulement pendant une demi-journée, mais cette suppression a été suivie de vives douleurs à l’abdomen et d’agitations nerveuses. M. Alibert a sagement renoncé à toute médecine agissante, chez un sujet dont on ne peut découvrir la cause de la maladie. Il est à remarquer que le pouls est toujours dans l’état naturel, que l’écoulement a lieu sans douleurs, la malade n’en éprouvant que lorsqu’il cesse pour quelques instants : elles ont lieu aux parties génitales, particulièrement aux grandes lèvres qui se tuméfient et deviennent rouges ; la petite malade ressent habituellement des douleurs aux lombes et aux cuisses ; elle ne peut marcher sans éprouver de nouvelles douleurs aux articulations des cuisses avec le bassin, lesquelles se communiquent au bas-ventre et à la colonne vertébrale, en sorte qu’elle est forcée de demeurer assise ou couchée.

Je trouve, dans une brochure fort bien faite sur la topographie médicale de l’Isle-de-France, une observation à peu près analogue à la précédente, elle a été recueillie par M. Chapotin, auteur de cet ouvrage, et chirurgien major de l’hôpital militaire de l’Isle-de-France. Un jeune homme créole, d’une faible constitution, avait été sujet, dans son enfance, au pissement de sang, qui ne cessa qu’à l’âge de quatorze ans ; vers l’âge de dix-sept ans, il prit un accroissement assez rapide. Peu de temps après, il éprouva de vives douleurs aux lombes ; elles durèrent peu de jours et furent suivies d’un écoulement d’urine semblable à du lait. Le malade fut traité, pendant deux mois, par des moyens relâchants ; il devint maigre et faible, le visage pâlit et se couvrit de boutons, les digestions s’altérèrent, il y avait cinq ou six selles dans les vingt-quatre heures, et des sueurs copieuses au moindre exercice; les urines, en moindre quantité que les boissons, présentaient, dès qu’elles étaient bien refroidies, une masse blanchâtre, coagulée et imitant parfaitement le lait caillé, avec une odeur faible et fade. Ce coagulum pressé, laissait échapper une sérosité blanchâtre, qui, soumise à l’analyse, a fourni une assez grande quantité de fibrine ; l’eau bouillante et l’action de l’acide sulfurique ont démontré la prédominance de l’albumine ; la gélatine y était en plus faible quantité ; il n’y avait presque point d’urée et peu de sels ordinaires à l’urine. Les aliments pris dans le règne animal, le vin, les amers, le quinquina combiné avec les ferrugineux prescrits par M. Chapotin, ont ranimé les forces du malade. Un liniment savonneux, puis un liniment volatil avec addition de teinture de cantharides, furent appliqués sur les régions lombaires et ombilicales. La teinture de cantharides, administrée à l’intérieur, à la dose de trois gouttes par jour, puis portée à celle de vingt-quatre, a été le remède le plus efficace, et les urines ont repris leur état naturel : d’abord la fibrine a disparu, ensuite l’albumine, puis la gélatine. A mesure que ces substances diminuaient, et que l’urée augmentait, les urines acquéraient une couleur plus jaune. L’usage des cantharides ne dura que douze jours.

En 1781, un paysan, âgé de trente-six ans, tomba de cheval sous la roue d’une voiture : cet homme portait un tablier qui, accroché et entraîné par la roue, enveloppa tellement la culotte et le parties génitales, que le tout fut arraché. Le blessé ne sentit pas sa douleur, et remonta à cheval pour regagner sa maison, située à deux cents pas. L’hémorragie fut peu considérable : la plaie s’étendait de devant en arrière, depuis la partie supérieure du pubis, jusqu’à quelques lignes de la marge de l’anus, et occupait, d’un côté à l’autre, tout l’intervalle des cuisses ; le canal de l’urètre était arraché avec la verge, jusqu’auprès du col de la vessie ; il ne restait nul vestige ni des bourses, ni du testicule droit ; le gauche pendait encore au cordon, enveloppé dans sa tunique vaginale : le cordon spermatique, gonflé et aussi gros que le testicule même, ressemblait à une verge dépouillée de ses téguments externes ; la prostate contuse ne tenait plus qu’à quelques fibres, et pendait hors de la plaie devant la marge de l’anus. A l’aine droite, l’intestin se présentait à nu dans une hernie inguinale qu’avait le blessé. Les soins d’un habile chirurgien ont conservé les jours de cet infortuné : deux mois suffirent pour qu’il obtint la cicatrisation complète de cette plaie si considérable : il est resté sous la symphyse du pubis, une ouverture de trois lignes de diamètre, qui sert à l’issue des urines. (Bibliothèque chirurgic. de Richter, vol. 7.)

Le même écrivain rapporte une observation de M. Schneider sur une rétroversion fort rare de la matrice. Une femme de cinquante-sept ans, mère de plusieurs enfants, n’avait pas uriné depuis sept jours, M. Schneider trouva que le museau de tanche de la matrice était retourné en devant, et fortement appliqué contre la partie supérieure de la symphyse du pubis. L’habile chirurgien repoussa avec le doigt la matrice en arrière, et opéra sa réduction, au moyen de laquelle la malade rendit seize pintes d’urine. L’on attribua cette rétroversion à un grand effort qu’avait fait cette femme, auquel avait succédé une douleur qui cessa après la réduction.

Le docteur Amos Hamelin, de Durham, état de New-York, a observé des cheveux croissants dans l’intérieur de la vessie. Il y avait dans cet organe, près de l’ovaire droit, une tumeur à peu près du volume d’un œuf de poule. L’intérieur de la vessie renfermait une matière épaisse et fétide, mêlée avec des cheveux qui naissaient de la membrane interne qui couvrait cette tumeur. Les cheveux, réunis en une masse ovale, s’étaient accommodés à la forme de la vessie ; cette masse, avec la matière qui y adhérait, avait cinq pouces de longueur et trois de largeur. Les cheveux séparés, lavés et séchés pesaient deux gros. La tumeur incisée contenait une substance osseuse et une matière qui ressemblait à celle du cerveau. Cette femme, qui n’avait pas fait d’enfant auparavant, avait été incommodée, depuis trois ou quatre ans d’une strangurie, et elle en avait souffert plusieurs fois durant sa grossesse.

Le docteur Valentin, qui a publié cette observation dans le journal de Médecine, ajoute qu’il a vu, à Nancy, une tumeur informe, à peu près du volume d’un œuf de dinde, que feu Laflize père, habile chirurgien, avait extraite du ventre d’une jeune fille, à l’occasion d’un dépôt qu’elle avait sur le côté et qui avait nécessité l’ouverture de cette cavité. La tumeur était couverte d’une enveloppe cutanée, pourvue de longs cheveux et portant plusieurs dents irrégulièrement placées, parmi lesquelles il y avait de grosses molaires.

Une demoiselle âgée de vingt-six ans, éprouvait d’excessives douleurs au ventre ; elle y portait une tumeur énorme. A sa mort, on trouva les deux ovaires aussi gros que la tête d’un adulte. L’ovaire droit pesait cinq livres quatorze onces, et le gauche cinq livres et dix onces ; ils étaient durs, leur superficie était inégale ; les vaisseaux lymphatiques étaient très-gonflés, et les spermatiques rétrécis. La substance interne des ovaires était unie et compacte, sa couleur d’un jaune clair. Les os voisins des ovaires furent trouvés réduits en pâte. (Hist. acad. 1707).

Albosius rapporte l’observation d’un fœtus qui resta vingt-huit ans dans le sein de sa mère : il était pétrifié.

En 1716, une femme de Joigny, alors âgée de trente ans, mariée depuis quatre, et qui n’avait eu qu’une fausse couche dans les premières époques de son ménage, devint enceinte ; trois mois après, elle sentit remuer son enfant et le lait se porta aux mamelles. A neuf mois, elle éprouva des douleurs qui annonçaient le travail de l’accouchement ; elle perdit de la sérosité comme cela arrive en pareille occurrence ; cependant l’enfant ne se présenta point et les douleurs cessèrent ; elles revinrent un mois après et ne furent pas expulsives. La malade tomba dans un état de faiblesse, une sorte d’épuisement qui fit craindre pour ses jours. Cet état se prolongea jusqu’au dix-huitième mois, alors les forces revinrent ; les douleurs cessèrent, mais le lait ne disparut pas et resta stationnaire dans les mamelles pendant plus de trente ans. Les règles ne se manifestèrent plus. Le sujet mourut à l’âge de soixante et un ans d’une péripneumonie. A l’ouverture du cadavre, les téguments du bas-vente se trouvèrent amincis ; on remarqua, dans cette cavité, une tumeur d’un aspect squirreux et grosse comme la tête ; elle était située dans les régions hypogastrique et ombilicale, du côté droit ; il y avait adhérence entre elle et l’épiloon, ainsi qu’avec le péritoine et le fond de la matrice ; elle était immédiatement placée dans la trompe droite. Cette tumeur pesait huit livres ; elle renfermait un fœtus mâle bien constitué et tel qu’on remarque un enfant à terme ; il avait quatre dents incisives, deux supérieures et deux inférieures ; il n’avait point d’odeur et n’était imprégné d’aucune liqueur ; la peau était épaisse, calleuse et d’un jaune terne. Les os paraissaient plus gros que chez les nouveaux-nés ordinaires. Le sujet était enveloppé du chorion et de l’amnios, ces membranes étaient ossifiées ainsi que le placenta : le cordon ombilical était desséché. Cette observation fut recueillie par deux médecins et un chirurgien.

Un enfant fut trouvé sans cordon, ni placenta, ni enveloppes, dans le ventre d’une femme qui était grosse depuis vingt-trois ans. L’enfant était presqu’entièrement pétrifié. (Walter, Mém. de Berlin, 1774).

Au bout de vingt-cinq mois de gestation, une femme âgée de quarante-cinq ans, et qui avait porté onze enfants à terme, eut une tumeur au nombril ; elle s’ouvrit et laissa sortir un enfant putréfié : la malade guérit (J. Marchander, 1611).

Un cas semblable est rapporté par Albucasis, lib. ii, cap. 76, c’était une femme grosse de deux enfants, elle eut un abcès au nombril ; les enfants sortirent tout pourris par l’ouverture de l’abcès, et la mère n’en guérit pas moins.

Une femme de trente-trois ans eut un abcès au nombril, sans inflammation ; il s’ouvrit et donna issue aux ossements d’un fœtus ; les règles coulèrent par cette nouvelle ouverture, qui ne fut pas longtemps à se cicatriser. Alors les menstrues reprirent leur route naturelle. La femme devint grosse et fit par la suite plusieurs enfants. (Richer, Commerc. littér., 1733).

Les trois cas qui viennent d’être cités sont rapportés par des auteurs dont on ne peut récuser le témoignage ; il est évident que les abcès qui ont facilité la sortie des fœtus par l’ombilic, avaient été produits par la présence des enfants déjà sortis de la matrice par suite d’un abcès primitif que, devenus corps étrangers, ils avaient excités à cet organe.

Une femme, au bout de trois mois de grossesse, s’aperçut qu’elle perdait une humeur putride par la vulve ; elle éprouva de la fièvre et les signes de la gestation cessèrent. Il lui survint des douleurs au ventre, du ténesme, de la constipation, après quoi elle rendit, par l’anus, plusieurs petit os, et recouvrait la santé. (Comment. Leipsick, tom. xii). Ici c’est un dépôt de la matrice qui s’est ouvert dans le rectum par où est sorti, par parcelles, le fœtus dont la matrice n’a pu se débarrasser par la voie ordinaire, faute de pouvoir se dilater à son orifice.

On lit, dans le Journal des savants de 1722, qu’une femme avait une tumeur qui faisait saillie dans le vagin et dans le rectum ; on fit une incision à cet intestin, et il en sortit un enfant mort.

Le docteur Girard, de Lyon, rapporte qu’une femme qui était accouchée il y avait quelque temps, crut à une nouvelle grossesse : ses mamelles s’engorgèrent et fournirent une liqueur laiteuse ; elle sentait, dans le ventre, des mouvements semblables à ceux d’un enfant ; cependant elle avait ses règles chaque mois, bien que son ventre se développât progressivement comme dans la gestation. Entre le dixième et le onzième mois, il lui survint des douleurs, comme celles de l’accouchement ; ces douleurs cédèrent à l’usage des bains ; la grosseur du ventre se dissipa, ainsi que les autres signes fallacieux de la grossesse.

Le même médecin a vu une fille qui, éprouvant tous les signes de la grossesse, confessa à ses parents qu’elle avait eu commerce avec un homme : les parents poursuivirent le séducteur par voie de justice ; mais au neuvième mois, l’usage de dix bains fit disparaître tous les signes de grossesse qui avaient trompé l’accoucheur lui-même.

J’ai vu un cas de cette nature qui mérite d’être rapporté dans cet article. Une femme, qui avait eu plusieurs enfants, éprouva une affection de poitrine, qui fut suivie d’un œdème général ; il y avait quinze mois que la malheureuse luttait contre ses souffrances, et que son mari ne cohabitait point avec elle ; ses règles s’étaient supprimées depuis plusieurs mois, son ventre avait grossi, ses mamelles s’étaient gonflées et laissaient couler une sérosité laiteuse. Elle éprouvait des nausées, comme dans ses grossesses précédentes ; enfin elle sentit des mouvements distincts d’un enfant. L’accoucheur les sentait lui-même ; elle disait souvent à son mari qu’elle était grosse ; celui-ci, sûr de la vertu de sa femme, qui d’ailleurs n’avait pas quitté son lit ou son appartement depuis quinze mois, combattait cette idée, qu’il croyait suggérée par la maladie de sa femme qui, effectivement, avait, depuis qu’elle l’éprouvait, de fréquentes aberrations d’esprit. Cependant le ventre se développa considérablement, et onze mois après la suppression des règles, il survint des douleurs semblables à celles de l’enfantement. Nous étions trois médecins présents à cette scène et un accoucheur. l est à noter que ce dernier qui, depuis un mois, avait touché plusieurs fois la malade, la déclarait enceinte. Le mari, qui se croyait sûr de son fait, soutenait qu’il était impossible que sa femme fut grosse, puisqu’il y avait quinze mois qu’il n’avait cohabité avec elle. La dame, au contraire, affirmait qu’elle était grosse et ne répliquait rien à l’argument du mari ; elle ne songeait pas à se disculper d’une infidélité dont elle était incapable, et disait, il se peut que ce soit de quinze mois, mais je suis certaine-grosse ; je le suis, je sens remuer mon enfant. Tout à coup les douleurs expulsives se succèdent, un corps se présente à la vulve, l’accoucheur le reçoit, il avait la forme et le volume d’un enfant qui vient avec ses membranes ; l’accoucheur, deux amies de la malade, qui partageaient son opinion, crient victoire! l’enfant est déposé sur une table, et le mari, présent, est frappé d’étonnement et peut-être d’une juste indignation. Déjà, reprenant l’usage de sa raison, il prie les spectateurs de ne point ébruiter ses aveux précédents et qu’il venait de renouveler encore. Mais quelle douce surprise! je m’étais approché de cet enfant dont personne ne s’occupait, je le touche et m’aperçois que ce n’est qu’une masse informe, recouverte d’une membrane très-mince, d’une espèce de parenchyme : je le divise avec les doigts, et je découvre une masse d’hydatides grosses comme de gros grains de raisin muscat d’Espagne. A peine furent-elles exposées à l’air, qu’elles se réduisirent en liquide, et, cinq minutes après, il n’existait plus de vestiges de ce corps, si ce n’est la membrane presqu’impalpable. L’écoulement puerpéral eut lieu pendant quelques jours, le ventre diminua, ses mouvements cessèrent : mais l’infortunée créature, qui languissait dans les plus cruels tourments, était destinée à en éprouver de nouveaux qui bientôt la ravirent à son époux.

M. Gazin, chirurgien à Tournai, accoucha une femme dont la partie utérine du placenta était ossifiée ; cette ossification s’étendait de trois à quatre lignes dans la substance spongieuse du placenta. Le fond de cette face présentait, dans la largeur de quatre lignes, une substance moins dure que l’autre, mais semblable quant à la densité et à la couleur. Cette face était sillonnée, en tout sens, par une substance élastique et qui se rapprochait de la nature cartilagineuse. La grossesse de cette femme, âgée de vingt-huit ans, offrit cela de particulier qu’au septième mois, elle éprouva une douleur permanente répondant à la région ombilicale, et qui se propagea jusqu’au moment où elle fut délivrée. Le travail de l’enfantement fut court et le placenta suivit immédiatement l’enfant.

M. Neyronis, chirurgien à Saint-Gobain, rapporte l’observation d’une grossesse mortelle. Une femme de quarante-deux ans, qui avait porté dix enfants à terme et amenés à bon port, et deux fausses couches, était grosse, à terme, de son treizième enfant. Depuis le cinquième mois, elle avait éprouvé de fréquentes et considérables pertes. A l’époque de l’accouchement, elle en éprouva une très-forte. La matrice ne se dilatait pas ; elle mourut. La tête de l’enfant avait vingt-deux pouces de circonférence sans qu’elle fût hydrocéphale. Les parois de la matrice étaient de consistance carcinomateuse ; elles avaient trois pouces d’épaisseur vers le fond. Le col seul était dans l’état naturel. Ces causes suffisaient pour rendre l’accouchement impossible et la grossesse mortelle. Je doute même que l’opération césarienne, au cas où on l’aurait tentée, eût pu sauver la mère : quant à l’enfant, pouvait-il vivre avec une telle tête? Il est à regretter que M. Neyronis n’ait pas examiné l’état du cerveau de cet enfant.

Une femme un peu âgée, mère de plusieurs enfants, d’une constitution délicate, à la suite de grandes fatigues, fut attaquée d’une descente partielle de la matrice ; il en résultat une inflammation et le sphacèle du fond de cet organe, dont une portion de la largeur d’un écu de six francs, qui sortait par la vulve, se sépara. L’inflammation diminua, et la malade guérit promptement et sans secours. Les secousses qu’elle éprouva dans un long voyage qu’elle fit dans une charrette, donnèrent lieu à une chute complète de matrice qui sortait en entier de la vulve. Inflammation violente, fièvre aiguë, maux d’estomac, faiblesse et grandes douleurs dans les lombes. La matrice avait acquis le volume de la tête d’un enfant ; elle était noire, exhalait une odeur fétide et portait les marques de la mortification ; le pouls petit et faible. Les remèdes appropriés n’empêchèrent pas que la matrice, qui était en putré-faction, ne se séparât ; elle tomba entièrement : la fièvre et les accidents cessèrent. La malade guérit, et, plusieurs mois après, le docteur Elmer, qui l’avait soignée, apprit qu’elle jouissait d’une bonne santé. (Annal. de littér. médic. étrangère).

Une femme de vingt-huit ans, bien constituée, au huitième mois de sa grossesse, eut la partie génitale externe très-infiltrée ; quelques jours avant l’accouchement, l’infiltration devint universelle ; les douleurs de l’enfantement se manifestèrent, mais la prostration des forces organiques étaient telles, qu’il fallut employer de forceps pour terminer l’accouchement. La délivrance n’eut pas lieu, le cordon ombilical était variqueux et avait près de cinq pouces de grosseur. Nous reconnûmes que le placenta était renfermé dans un kyste adhérent au fond de la matrice, et qu’il s’opérait une perte de sang dans ce kyste. Nous le déchirâmes et la délivrance s’effectua. Nous pensons que ce kyste était formé d’une expansion de la membrane amnios.

Un berger du Languedoc, nommé Gabriel Gallien, s’adonna à la masturbation dès l’âge de quinze ans ; il s’abandonna à cette pratique avec tant d’excès qu’il s’y livrait jusqu’à huit fois par jour. Bientôt il ne put éjaculer que rarement ; souvent il se polluait pendant une heure avec de pouvoir arriver à ce résultat ; il entrait à force de fatigues, dans un état de convulsion générale, et l’éjaculation, au lieu de sperme, ne produisait que quelques gouttes de sang. Pendant onze ans, Gallien ne s’excitait qu’avec la main ; mais à vingt-six ans, ne pouvant plus arriver à ses fins avec leurs secours, qui ne parvenait qu’à entretenir la verge dans un priapisme presque continuel, il s’avisa d’irriter l’urètre avec une baguette de bois d’environ six pouces de longueur, et employait plusieurs heures de la journée, et à différentes reprises, à y introduire cet instrument. Pendant seize années, il parvint à éjaculer au moyen de ce frottement si rude ; à la fin, le canal de l’urètre devint dur, calleux et tout à fait insensible. La baguette du berger lui devint inutile, et ce fut pour lui la plus grande des infortunes : une érection continuelle que rien ne pouvait apaiser, le tourmentait, car Gallien avait pour les femmes une aversion insurmontable ; il devint mélancolique, négligeait les soins de son troupeau ; et ne songeait qu’aux moyens de pouvoir apaiser ses désirs continuels : désespéré de n’obtenir aucun succès d’une foule de tentatives, il s’arma d’un couteau et s’incisa le gland suivant la longueur du canal de l’urètre. Une pareille opération, loin de lui causer de la douleur, lui procura une sensation agréable et produisit une abondante éjaculation spermatique ; dès-lors, heureux d’avoir fait une découverte qui mettait le comble à ses désirs, il répéta fréquemment son expérience dont le résultat était toujours une éjaculation complète. Ce malheureux, après avoir recommencé peut-être mille fois cette horrible mutilation, parvint à fendre sa verge en deux parties égales, depuis le méat urinaire du gland, jusqu’à la partie de l’urètre et des corps caverneux qui répond au dessus du scrotum et près de la symphyse du pubis. Quand il éprouvait une hémorragie trop abondante, il l’arrêtait en liant la verge avec une ficelle. Les diverses incisions qu’il avait faites, n’empêchaient pas les corps caverneux d’entrer en érection ; ils se divergeaient à droite et à gauche. La section de la verge se portant jusque sur l’os pubis, le couteau de notre berger lui devint inutile ; nouvelles privations, nouveau chagrin, et de nouvelles tentatives pour satisfaire les faux besoins qu’il s’était créés. Il y parvint au moyen d’une baguette plus courte que la première ; il l’insinuait dans la portion qui lui restait du canal de l’urètre ; il le titillait ainsi que les orifices des conduits éjaculateurs, et provoquait l’éjaculation séminale. Pendant dix ans, il parvint à satisfaire, par ce nouveau moyen, la fureur dont il était possédé. Enfin, un jour, il enfonça sa baguette avec si peu de précaution, qu’elle lui échappa des mains, et s’enfonça dans la vessie. Peu après, il éprouva de cruels accidents ; toutes les tentatives qu’il fit pour expulser le corps étranger de la vessie, la rétention des urines, le pissement de sang, le hoquet, le vomissement, une diarrhée sanguinolente, obligèrent cette triste victime de la plus singulière dépravation, d’aller, à l’Hôtel-Dieu de Narbonne, consulter le chirurgien de cet établissement, qui fut étonné de trouver au malade deux verges, dont chacune avait à peu près le volume d’une verge naturelle. Les douleurs atroces qu’il éprouvait, décidèrent le chirurgien à faire l’opération de la lithotomie, au moyen de laquelle il fit l’extraction de la baguette, qui, bien qu’elle n’eût séjourné que trois mois dans la vessie, était incrustée d’une grosse masse olivaire de matière calculeuse à l’une de ses extrémités. Après quelques accidents qui tenaient à la débilité du sujet, à la dégradation de sa constitution, Gallien fut entièrement guéri. Trois mois après, il fut atteint d’une affection de poitrine dont il mourut. L’ouverture du cadavre fit voir qu’une phtisie pulmonaire, suite de ses trop longues masturbations, avait terminé ses jours. (Traité des maladies des voies urinaires, par Chopart).

Aucun sarcocèle décrit par les auteurs n’est aussi remarquable que celui de Charles Delacroix, opéré par M. Imbert de Launes : en voici la description abrégée, que nous avons extraite de l’observation publiée par l’observateur. Il y avait quatorze ans que feu Charles Delacroix portait un sarcocèle monstrueux au testicule gauche ; cette tumeur pesait trente-deux livres ; elle était plus saillante que le ventre d’une femme prête à accoucher ; les bourses et les téguments voisins lui servaient d’enveloppe, au préjudice des autres parties de la génération qu’il était impossible d’apercevoir ; placée sur le côté gauche plus que sur le droit, elle avait la forme d’un cœur arrondi et irrégulier, dont la base se portait à droite, posant sur le bas-ventre et la cuisse, du même côté. La pointe se dirigeait sur la cuisse gauche. La longueur était de quatorze pouces sur dix de hauteur, dans son centre ; le pédicule de cette tumeur était le cordon spermatique, développé comme le testicule ; il paraissait se propager sur la région hypogastrique, sur le pubis et sur le périnée, jusqu’à l’anus. Tout le monde sait que M. Imbert fit une opération aussi belle que hardie, dont le succès délivra le malade du fardeau insupportable qui menaçait incessamment ses jours. Charles Delacroix fut parfaitement guéri, et vécut encore onze ans.

Les cas qu’il nous reste à exposer pour terminer cet article n’étant plus de nature à être classé dans l’ordre des divisions du corps humain, nous nous bornons à les spécifier individuellement.

Corps étrangers avalés. Vanderviel, (Obs. vol. cent. 2.), rapporte qu’un enfant mâle, âgé de sept ou huit ans, avait avalé, en jouant, une épingle longue de deux travers de doigt. Au bout de plusieurs années, il ressentit des douleurs à la région des reins et de la vessie : on lui fit boire des eaux minérales, et ce traitement provoqua la sortie, par les urines, de plusieurs graviers d’une matière noirâtre et fétide, accompagnés de petits vers vivants. Ayant fait de grands efforts pour uriner, on sentit la pointe de l’épingle au bout du gland et dans le méat urinaire ; et Vanderviel en fit l’extraction. Cette épingle était incrustée en grande partie d’une substance grisâtre et assez épaisse pour représenter par sa forme le noyau d’une olive. Ce cas est plus vraisemblable que celui rapporté par Diemerbroeck, au sujet de sa femme, qui rendit, dit-il, en urinant, une petite aiguille qu’elle avait avalée trois jours auparavant. Chopart pense avec raison qu’il est peu vraisemblable que cette aiguille qu’il est peu vraisemblable que cette aiguille ait pu passer en si peu de temps des voies de la déglutition par le canal alimentaire, ou à travers le tissu cellulaire, jusque dans la vessie.

Le même Vanderviel assure qu’une petite clef ayant été avalée par hasard, fut ensuite retirée de la vessie ; elle était incrustée de matière calculeuse. Ce cas a de l’analogie avec celui qui est rapporté dans les Transactions philosophiques, année 1668, d’une femme qui, dans une violente colique, avala deux balles de plomb, et en rendit une quinze ans après par l’urètre ; elle servait de noyau à un calcul.

Un capucin, dit Chopart, attaqué de strangurie, fut sondé : on sentit un corps étranger dans la vessie ; l’opération de la taille fut faite, et l’on retira de la vessie une corde de la grosseur du petit doigt, incrustée d’une matière graveleuse. Le capucin avait avalé cette corde cinq mois auparavant, en buvant avec précipitation l’eau d’un puits. Il est à supposer que cette corde a été introduite par l’urètre, et que le capucin ne s’était pas confessé avec une véritable sincérité : Chopart pense que si toutefois il a dit vrai, le corps étranger trouvé dans la vessie s’y était introduit par une communication établie entre le tube intestinal et la vessie, au moyen d’un ulcère.

C’est ainsi que doit s’expliquer le passage de la petite clef et de la balle dont nous avons parlé plus haut.

L’infortuné Gilbert, ce jeune poète qui, dans son éloquente satire du 18ème siècle, promettait un autre Boileau à la France, Gilbert, devenu fou, avait avalé une clef longue de cinq pouces quatre lignes ; il parlait comme à l’ordinaire, respirait facilement, ne se plaignait d’aucune douleur à la gorge ; seulement il avait un peu de peine à avaler les aliments et les boissons. L’état de démence de Gilbert fit qu’on ne voulut point le croire lorsqu’il dit qu’il avait avalé la clef dont on faisait la recher-che ; il répétait souvent, mais toujours avec un rire qui semblait ironique, qu’il avait cette clef dans sa gorge. Cinq semaines après cet accident, on le conduisit à l’Hôtel-Dieu de Paris pour y être traité de la folie : là on examina sa gorge avec trop peu d’attention sans doute, et on n’y aperçut rien : cependant sa voix devint rauque, sa folie s’exaspéra, et il mourut. A l’ouverture du corps, on trouva la clef dans l’œsophage, l’anneau situé au bas, et le panneton accroché sur les cartilages arythénoïdes dont les parties molles étaient enflammées et ulcérées, de même qu’une partie du canal œsophagien.

Maladie bleue. On lit dans les Annales de littérature médicale étrangère, qu’une fille de Londres, âgée de vingt et un ans, délicate et sujette depuis son enfance à une petite toux, accompagnée de dyspnée, pendant l’hiver, s’étant mouillée les pieds durant la menstruation, éprouva une augmentation dans sa toux et dans sa difficulté de respirer ; sa santé s’altéra de plus en plus ; sept ou huit mois après, elle éprouvait une toux sifflante, avec anorexie, faiblesse, grande dyspnée ; les règles n’avaient pas reparu, les mains et les jambes étaient œdématiées, la peau était bleue dans toutes les surfaces du corps ; elle avait acquis cette couleur spontanément, et en un jour : la malade ne pouvait se coucher à gauche, et n’était à son aise que sur le dos, ayant la tête élevée ; le pouls très-irrégulier battait cent vingt fois, il était petit et peu sensible. Après l’application d’un vésicatoire, on remarqua que la couleur bleue devint telle que nulle teinture n’avait pu lui donner cette intensité. La malade mourut : les poumons adhéraient à la plèvre costale diaphragmatique, et à celle qui unit le péricarde ; ils étaient gorgés d’un sang noir, dont la couleur dépendait de l’inaction, de la nullité absolue des poumons. A la mort, la couleur bleue de la peau disparut.

M. Caillot, professeur à la faculté de Médecine de Strasbourg, rapporte l’observation suivante d’un ictère bleu, qu’il a eu l’occasion de voir. Un enfant de seize mois éprouva, pour la première fois, des mouvements convulsifs qui lui firent perdre connaissance ; son visage devint entièrement violet : depuis lors, il eut de fréquentes syncopes, et toujours accompagnées de la même circonstance ; ces syncopes étaient déterminées par de violents emportements auxquels cet enfant se livrait à la moindre contradiction ; il devenait alors livide, et paraissait comme asphyxié : en appliquant la main sur la région du cœur, on y sentait à peine un léger frémissement : on retirait le petit malade de cet état, au moyen des frictions faites sur la poitrine, et en irritant la membrane pituitaire par des odeurs très-pénétrantes. Cet enfant était très-frileux, le moindre exercice lui occasionnait de l’oppression : ses accès se rapprochèrent de plus en plus, et à onze ans il mourut en faisant des efforts pour aller à la garde-robe. Les téguments de la face, de la poitrine, et des membres pectoraux, étaient d’une teinte violette tirant sur le noir ; cette couleur était encore plus prononcée aux extrémités des doigts et des orteils ; les intestins et les autres viscères abdominaux étaient de couleur brun foncé : on eût dit que les vaisseaux étaient injectés d’encre ; même coloration aux organes renfermés dans les autres cavités. A peine, dans le cerveau, pouvait-on distinguer la substance corticale de la médullaire : le cou était plus volumineux que dans l’état naturel ; il était gorgé de sang : le trou ovale établissait une communication entre les deux oreillettes ; la cloison qui sépare les ventricules, offrait une ouverture par laquelle le doigt pouvait passer ; l’orifice de l’aorte embrassait l’ouverture qui établissait la communication entre les deux ventricules ; l’orifice de l’artère pulmonaire était très-étroite, et ne présentait que deux valvules sigmoïdes ; cette artère, encore plus rétrécie au-dessus de son origine, augmentait ensuite de diamètre en s’éloignant du cœur ; la tunique était plus mince que chez les autres sujets ; le canal artériel complètement oblitéré, se rendait dans la sous-clavière gauche ; celle-ci donnait naissance à la carotide du même côté, tandis que la sous-clavière et la carotide droite naissaient par deux troncs séparés ; il y avait dans la poitrine un thymus considérable.

M. Caillot a vu deux autres malades semblables à celui-ci, quant à la couleur de la peau. Sandifort, Morgagni et Baillie en rapportent des exemples. Le professeur de Strasbourg rend raison de la maladie bleue en l’attribuant à un dérangement organique du cœur, dérangement qui permet à une partie du sang noir ou vicieux de passer immédiatement des cavités droites du cœur aux cavités gauches, sans avoir, au préalable, traversé les poumons. Voyez bleue (maladie).

Affection nerveuse. Un petit garçon, âgé de neuf ans, fut saisi d’une si grande frayeur, pendant un ouragan affreux qui eut lieu dans les environs de Gênes, en 1787, qu’il fut pris de violentes convulsions, d’une fièvre ardente, et de tous les symptômes de l’hydrophobie, quoiqu’il n’eût point été mordu précédemment par aucun chien ni autre animal. Il mourut dans cet état. A peine était-il expiré, qu’il lui sortit par les narines deux houppes de vers lombrics : à l’ouverture du cadavre on trouva tout le canal intestinal rempli de ces insectes jusqu’au haut de l’œsophage. Il est présumable que les symptômes hydrophobiques avaient été dé-veloppés par la présence des vers dans l’estomac ; que c’était un véritable tétanos qu’éprouvait le malade.

Vicq-d’Azyr cite un cas de guérison d’épilepsie qui doit trouver place dans cet article. Une femme, âgée de trente-huit ans, était épileptique depuis douze ans ; les accès de son mal s’étaient rapprochés au point de revenir quatre à cinq fois par jour ; ils commençaient toujours par une jambe, vers la partie inférieure des muscles jumeaux : le médecin témoin d’un accès, enfonça le scalpel dans cette partie, et sentit un petit corps dur qu’il sépara des muscles, et qu’il tira ensuite avec des pinces ; c’était une substance cartilagineuse et dure, un ganglion gros comme un très-gros pois, situé sur un nerf que le médecin coupa et sépara de la tumeur. La malade reprit ses sens au même moment et n’eut depuis aucun accès d’épilepsie.

Paralysie. M. Mauduyt communiqua, en 1787, à la Société royale de Médecine le fait suivant : un homme de soixante ans avait été fort adonné au coït, et il l’exerçait ordinairement debout : il lui survint une paralysie qui n’occupait que le contour du bassin, la peau et les muscles étaient insensibles ; la vessie était paralysée ainsi que l’intestin rectum : le sujet n’urinait qu’avec le secours de la sonde ; son anus était si dilaté, qu’on y introduisait la main avec facilité pour retirer des excréments secs et durs qui séjournaient dans le rectum : les membres abdominaux jouissaient de la sensibilité et du mouvement, comme dans l’état naturel.

Vepfer rapporte qu’un vieillard hémiplégique présentait le singulier phénomène d’une jaunisse qui n’affectait que le côté malade ; toute la moitié du corps était si complètement teinte, que le nez de ce côté était jaune, tandis que l’autre moitié de la même région du visage jouissait de sa couleur naturelle.

Métastase. Cruikshank a vu un crachement de pus chez un homme qui avait une fistule à l’anus : ce crachement cessa aussitôt que la fistule eut été guérie par l’opération.

Assalini rapporte qu’une femme, à la suite d’une couche, fut atteinte d’un ulcère fistuleux au milieu de la cuisse : pendant neuf ans cet ulcère fournit une matière semblable à du lait. Assalini assure avoir vu deux autres femmes qui évacuaient du lait par le nombril.

Morgagni a vu un cas de métastase extrêmement rare, c’est celui d’un homme dont la vessie était très-distendue, par une accumulation d’urine qu’on n’avait pas pris le soin d’évacuer au moyen du cathétérisme. Il y avait longtemps que cet homme était dans cet état, lorsque le sérum urineux se porta, par une métastase subite, au cerveau ; cet organe en fut inondé. Le sujet mourut, et à l’ouverture du crâne, on trouva le cerveau imbibé de cette liqueur.

Ambroise Paré avait observé une métastase qui a quelque analogie avec celle-ci. Il s’agit d’un cas de péripneumonie, dans lequel survint une douleur de tête très-forte ; au huitième jour de la maladie, le sujet tomba dans un état comateux et périt. Le cerveau fut trouvé baigné de pus ; cette matière était surtout fort abondante entre la pie-mère et la substance corticale.

M. le docteur Gastellier, dans son traité des maladies aiguës des femmes en couche, rapporte l’observation suivante : une dame de Nemours fit appeler M. Gastellier, pour le consulter au sujet d’un dépôt qu’elle avait à la partie inférieure de la jambe gauche, près de la malléole externe ; ce dépôt, survenu à la suite d’un érysipèle phlegmoneux, avait tous les signes externes de la gangrène : il offrait une surface assez considérable, et la fluctuation était très-sensible. M. Gastellier proposa d’en faire l’ouverture, mais il était tard, et la malade éprouvait la plus vive répugnance à se laisser opérer. Cependant, le médecin la détermina à y consentir pour le lendemain matin. Ce jour-là, M. Gastellier trouva sa malade dans un grand état de malaise ; elle éprouvait de la cardialgie et des vomissements d’une matière purulente. A l’examen de la partie malade, il s’aperçut qu’il n’y avait plus ni enflure, ni fluctuation, ni aucune apparence de dépôt ; tout avait disparu. On administra l’émétique et la malade rendit une prodigieuse quantité de pus blanc et bien formé. Purgée le lendemain, cette dame rendit, par les selles, une grande quantité de la même matière; elle le fut cinq ou six fois, chaque médecine entraînait une certaine quantité de matière purulente. Les maux de cœur n’ont cédé qu’à l’usage des purgatifs. L’idée d’une opération qu’elle redoutait, causa chez la malade une révolution qui détermina cette métastase.

Maladies arthritiques. On rencontre, dans tous les cabinets d’anatomie, des squelettes présentant des articulations ossifiées ; on en voit où le travail morbifique des os est considérable ; mais nulle observation ancienne ou moderne ne fait mention d’une solidification articulaire aussi complète, aussi étonnante que celle qui se remarque dans le squelette de François Maurice Marcien Simorre, déposé au Muséum de l’École de Médecine de Paris, par M. le professeur Percy : l’infortuné Simorre s’était légué à M. Percy, qu’il appelait à juste titre son bienfaiteur, et le légataire a enrichi le plus beau cabinet d’Europe, de la pièce d’anatomie pathologique la plus curieuse qui existe ; ce squelette est d’une seule pièce, un seul os semble le composer, et le squelette d’airain, consacré par Hippocrate au temple de Delphe, ne devait pas être plus immobile, dit M. Percy. Nous allons donner une idée de la cruelle maladie qui accabla une partie de la vie de Simorre. M. Percy a bien voulu nous communiquer un mémoire rempli d’érudition et de détails fort curieux, qu’il a rédigé sur sa maladie et sur sa vie ; nous y puiserons avec discrétion les détails qui nous sont indispensables.

Simorre était né à Mirepoix, département de l’Ariège, le 28 octobre 1752 ; à l’âge de quinze ans, il était entré dans la carrière militaire, et avait servi pendant vingt et un ans dans le régiment de Berry infanterie, où il était parvenu au grade de capitaine : il avait fait les trois campagnes de Corse. Ce fut pendant cette guerre que, très-jeune encore, Simorre contracta le germe de la maladie à laquelle il a succombé après de bien longues souffrances. Il avait bivouaqué assez longtemps sur un terrain froid, marécageux et situé au bord d’une rivière dont les alluvions récentes obscurcissaient sans cesse l’atmosphère de vapeurs épaisses et humides. Tout à coup, il ressentit, aux deux gros orteils et aux malléoles, des élancements très-aigus. Ces accidents ne furent pas plutôt disparus, que Simorre éprouva une ophtalmie très-grave ; mais elle se dissipa en assez peu de temps. Pendant plusieurs années, les douleurs dont nous avons parlé se reproduisaient chaque printemps, et ne cédaient aux moyens curatifs que pour être remplacées par l’ophtalmie. Bientôt, il n’y avait plus d’intervalle de santé, et Simorre à peine guéri de son ophtalmie que ses douleurs venaient l’assaillir ; des pieds elles se portèrent aux genoux et dans les hanches, la vue s’affaiblissait de jour en jour davantage. En 1785, Simorre ne put plus marcher sans le secours d’un aide qui lui servait en même temps de guide. L’année suivante, toutes les articulations furent affectées à la fois, et l’ankylose fit de toutes parts des progrès très-alarmants. Il fut obligé de quitter le service, et se retira à Metz. Longtemps il lutta avec courage contre sa maladie ; il sentait ses membres se raidir ; et privé de l’usage de plusieurs, il bravait les souffrances, pour tâcher de les mouvoir. Les bras et la tête eurent le sort des pieds et des genoux ; le corps entier fut frappé d’immobilité ; la mâchoire inférieure elle-même, qui, chez d’autres sujets, conserve ses articulations, subit la loi commune. Alors Simorre, selon ses propres expressions, ne fut plus qu’un cadavre vivant. Heureux encore dans une situation si affreuse, dit M. Percy, si ce cadavre avait eu l’insensibilité de ceux que la vie a abandonnés! Mais, loin de jouir de ce triste repos, Simorre, qui déjà avait tant souffert, resta encore livré aux douleurs les plus atroces. Il passa quatre mois dans un fauteuil, sans qu’il fut possible de le transporter dans un lit. L’attitude qu’il y garda, détermina celle que l’on remarque à son squelette, car ce fut pendant ce laps de temps que les articulations, déjà sans usage, mais par l’effet de leur gonflement et de leur inflammation, plutôt que par une adhésion consommée, acquirent la solidité qui devait les rendre inutiles. Ce changement nouveau causa à Simorre les plus horribles tourments ; au moindre choc, au plus léger attouchement, il poussait des cris aigus. Il n’avait pas joui d’un seul instant de sommeil sur ce fauteuil de douleurs. On le transporta enfin dans son lit ; mais il y passa deux ans sans dormir ; dès qu’il allait fermer l’œil, des soubresauts violents agitaient tous ses membres. L’opium fut impuissant contre un mal si cruel. En 1792, les articulations qui avaient toutes été tuméfiées, commencèrent à s’affaisser, les extrémités articulaires des os, qui s’étaient gonflées, se rapprochèrent de leur volume ordinaire, et les douleurs, que Simorre avait supporté avec un courage digne d’un stoïcien, se calmèrent dans la même proportion. On put le remuer sans lui causer de grandes douleurs ; on le soulevait d’une seule pièce, soit pour lui faire faire ses besoins, soit pour faire son lit ; mais on ne touchait que tous les mois à celui-ci, et on avait soin de ne pas effacer le creux, ou plutôt le moule où devait se placer le corps, tant il lui eût été pénible et douloureux d’en former un nouveau. En examinant le squelette, on verra que le coude droit devait être au-dessous du niveau du tronc, que l’épine était un peu courbée, que le bassin était soulevé en avant, et que pour faire porter également ces parties sans que la masse pesât sur l’une plus que sur l’autre, il fallait prendre beaucoup de précautions. Les jambes formaient un angle aigu avec les cuisses ; les bras un angle presque droit avec le tronc. Les avant-bras étaient repliés sur la poitrine, et les poignets exerçaient sur elle une pression continuelle. La main droite était dans un état d’adduction, et la gauche en sens contraire. Les doigts étaient écartés et ankylosés dans cette position ; ils étaient terminés par un ongle ou plutôt une corne de plus d’un décimètre, disposée par lames, et d’une épaisseur égale à sa longueur ; la même corne terminait chaque orteil. Ne pouvant plus mouvoir la mâchoire, il était réduit à humer des bouillons et du vin qu’il faisait parvenir dans la bouche par l’interstice des dents dont aucune ne lui manquait. On lui arracha les deux incisives supérieures, ce qui lui procura une ouverture qui le mit dans le cas d’avaler des aliments plus solides, et de parler avec plus de facilité. On le nourrissait avec des hachis de viande, des purées, du pain détrempé ; on se servait d’un chalumeau pour faire passer ses boissons. Délivré de ses douleurs si atroces, Simorre était néanmoins toujours souffrant ; il ne pouvait dormir plus d’un quart d’heure de suite ; mais il bénissait encore son sort et se consolait par des propos joyeux, par des chansons plaisantes : pendant plusieurs années de suite, il fit imprimer un almanach chantant composé sous sa dictée ; la vente de ce petit ouvrage soulageait son extrême misère. Ses chansons respiraient la gaîté ; il s’y peignait souvent lui-même de manière à exciter, tout à la fois, la compassion et le rire. les muscles de sa face avaient acquis une singulière mobilité, étant sans cesse en action, soit pour suppléer, pendant la conversation, les gestes que ne pouvaient plus faire ses mains, soit pour froncer la peau et chasser les insectes qui venaient le piquer.

Simorre avait une figure distinguée et une physionomie pleine d’hilarité et d’expression ; ses cheveux noirs et touffus couvraient un large front que terminaient deux sourcils épais et bien arqués, son nez était aquilin, ses yeux beaux. Cette tête philosophique, dit M. Percy, composait seule toute la vie, toute l’existence de Simorre.

La poitrine, percutée, résonnait comme un ballon. Dans la respiration, on n’observait pas la moindre locomotion de la part des côtes ni de celle du sternum. Les poumons refoulaient les viscères du bas-ventre sur eux-mêmes, comme pour regagner sur cette cavité l’espace qu’ils ne pouvaient plus obtenir de la leur. Les inspirations étaient toujours fortes et bruyantes ; le pouls battait de soixante à soixante-cinq fois par minute.

Les digestions étaient bonnes, il n’y avait jamais de sueur, les selles et les urines étaient abondantes. Il fallait, pour les rendre, que Simorre eût un aide ; c’était une femme : quelquefois, l’organe extérieur qui sert à la dernière de ces fonctions, se montrait encore propre à en accomplir une autre. Les membres de ce malheureux étaient d’une maigreur extrême, une peau mince et glabre, collée à des muscles atrophiés, les enveloppait d’une manière si étroite, qu’il eût été impossible d’y trouver un vide ni de faire un pli.

L’urine de Simorre a été analysée, on n’y a jamais trouvé le moindre vestige de l’acide phosphorique libre ; toujours il y a été combiné avec une ou plusieurs bases alcalines, d’où la chaux se précipitait sous la forme de phosphate calcaire neutralisé, et l’alcali caustique sous celle de phosphate d’ammoniaque : il y avait chez le malade, conclut M. Percy, aberration de cet acide (le phosphorique), et c’était sans doute sur les articulations qu’il s’était dévié. De là la succession des phénomènes dont nous avons rendu compte ; de là la tuméfaction, les douleurs extrêmes de ces parties, leur ramollissement par la dissolution de leurs bases solides et leur soudure subséquente.

Simorre a terminé sa douloureuse carrière en 1802, à l’âge de cinquante ans : les précurseurs de sa mort furent des suffocations, des défaillances ; les téguments se diaprèrent de toutes les couleurs ; un limon terreux en recouvrait toutes les parties ; la chaleur s’éteignit de toutes parts, l’appétit cessa, les digestions ne se firent plus, le ventre se tuméfia. L’approche de la mort n’altéra point le courage dont il avait donné, pendant douze ans, de si constantes preuves ; elle ne troubla point la sérénité de son âme.

Il existe, au Muséum de l’École de Médecine, un autre squelette très-curieux par l’ossification presque universelle de toutes ses articulations ; mais les deux clavicules, les bras et quelques doigts de la main droite semblent avoir conservé du mouvement chez le sujet vivant. La tête pouvait tourner sur la première vertèbre du cou ; la mâchoire inférieure était exempte d’ankylose. Ce squelette est celui d’un pêcheur ; M. Larey, chirurgien de Toulouse, en a fait présent à l’École de Médecine de Paris.

Chute d’un quatrième étage sans accident graves. En 1792, un manœuvre maçon, âgé de trente ans, chargé d’une hotte remplie de plâtras, marchait sur un échafaudage placé au quatrième étage d’une maison ; il tomba de cette hauteur sur le sol, le pied droit y porta, et le corps se heurta contre une pierre. Aussitôt, le sang jaillit par le nez, le manœuvre perdit connaissance pendant trois quarts d’heure, fut transporté à l’Hôtel-Dieu où il reçut tous les secours de l’art ; il y eut gonflement à la malléole externe qui avait été très-contuse, difficulté de respirer ; mais, le huitième jour, le malade sortit de l’hôpital et ne se ressentit plus de cette chute, qui devait le priver de la vie, si le danger était toujours en raison de la hauteur du lieu d’où l’on tombe.

Articulation contre nature. Benjamin Rocher, voltigeur au douzième régiment de ligne, fut blessé le 26 décembre 1806, à Pultusck en Pologne, d’un coup de feu à la partie externe inférieure de l’avant-bras droit, qui fut fracturé. La cicatrice fut complète trois mois et vingt et un jours après, mais les deux extrémités des os fracturés ne se réunissaient point, et à la fin de mai on pouvait les mouvoir aussi facilement que s’il y avait eu une articulation à l’endroit de la fracture, et le mouvement avait lieu sans causer aucune espèce de douleur à ce militaire, qui jouissait d’ailleurs d’une bonne santé. (Observ. communiquée à la Société de l’École de Médecine, par M. Desgenettes).

Maladies des extrémités inférieures. Un homme, âgé de quarante ans, éprouvait, depuis plusieurs années, beaucoup de difficultés de marcher du pied droit ; il le portait en dehors et lui faisait faire, comme à un pied artificiel, le demi-cercle. Le tibia ainsi que l’extrémité du pied n’avaient aucune action et obéissaient imparfaitement à l’impulsion de la cuisse. Le malade pouvait bien se tenir debout sur le pied, mais il ne pouvait lui servir pour marcher ; il lui fallait un bâton pour opérer la progression. Le tibia était courbé en dehors, et l’extrémité du pied se portait en dedans ; la plante du pied était très-voûtée. Dans cet état, il était impossible à la cuisse d’exécuter une extension, ni une abduction, avec le seul secours de la volonté. Une fièvre aiguë, étrangère à toutes ces circonstances, fit périr le sujet. Il fut disséqué, et on remarqua que les muscles petit fessier, le carré, le fascia-lata, le couturier, le grêle interne, le poplité, le jambier postérieur et presque tout le solaire manquaient. La plante du pied ne présentait qu’une masse adipeuse entièrement dépourvue de muscles. La partie inférieure du grand fessier était charnue ; la partie supérieure était convertie en graisse ; la partie antérieure du moyen fessier était moitié tendineuse et moitié graisseuse, la postérieure était moitié musculaire et moitié adipeuse. Le vaste externe n’était musculeux qu’à sa partie inférieure, tout le reste était adipeux ; le vaste interne ne formait plus qu’un paquet de fibres gros comme le petit doigt, il était long de cinq travers de doigt. Le muscle droit était devenu très-petit, il n’avait plus de fibres qu’à sa partie supérieure. Le triceps avait beaucoup moins de fibres qu’à son ordinaire, particulièrement dans son milieu ; le biceps, le demi-nerveux et le demi-membraneux étaient réduits à la moitié de leurs fibres ; les jumeaux n’avaient plus qu’un très-petit faisceau de fibres molles et minces, qu’on remarquait à sa partie moyenne et postérieure. Le jambier antérieur et le long péronier, presque totalement adipeux, n’offraient qu’un très-petit faisceau de fibres charnues. Salzman.

Vicq-d’Azyr fait mention d’un cas de la nature du précédent : l’extrémité inférieure était totalement convertie en un tissu cellulaire, graisseux et blanc.

Maladie de la peau. Eléphantiasis. M. Valentin vient de publier une observation qui lui a été communiquée par M. Révolat, sur l’éléphantiasis décrit par les Arabes. L’individu qui offre l’exemple de cette maladie, était pêcheur. L’affection a commencé par un ulcère de mauvaise nature, et des érysipèles pustuleux sur les jambes, accompagnés d’accès de fièvre ; les parties ont ensuite augmenté peu à peu de volume. La maladie date de vingt ans ; les pieds sont entièrement difformés et il y a gonflement à une partie des cuisses, la peau est épaisse, dure, verruqueuse, écailleuse et gercée en plusieurs endroits. Lorsque les croûtes tombent par écailles, elles laissent la peau rougeâtre et sensible ; elles se reproduisent en exhalant une odeur fétide.

M. Gilbert, médecin en chef des armées, a observé, il y a huit à neuf ans, chez une femme de soixante-dix ans, une affection cutanée extraordinaire : il survint à cette dame, aux environs d’un cautère qu’elle portait au bras, un érysipèle qui se rapprochait du caractère dartreux ; l’épiderme se séparait en écailles, la suppuration des nombreuses pustules offrait une sérosité grisâtre. Cet érysipèle s’est propagé du coude à l’épaule ; il s’est étendu sur la poitrine, le bas-ventre, la région lombaire, enfin sur toute l’habitude du corps et surtout aux cuisses ; il y produit des douleurs cuisantes et un sentiment de chaleur très-vive. L’épiderme s’épaissit et tombe en écailles ; sur divers points de la surface de la peau, s’élèvent des phlictènes semblables à celles des vésicatoires; elles sont enflammées à leur base et causent des douleurs continuelles. Lorsque la malade éprouve une affection morbifique quelconque, les accidents relatifs à l’organe cutané se suspendent et se reproduisent dès que la maladie accidentelle est terminée. Depuis six mois l’état de la malade n’avait point changé, et, néanmoins, les fonctions principales de l vie n’ont point été altérées. Son appétit est naturel, les digestions se font bien ; elle dort dès que les douleurs cessent. Les moyens les mieux appropriés n’ont pu rien contre cette singulière maladie. Nous pensons que les eaux minérales sulfureuses prises en boissons, en douches et en bains, auraient été indiquées et favorables.

Alopécie universelle. M. Neyronis a publié, dans le tome v du Journal de Médecine, l’observation suivante : un homme, âgé de soixante-treize ans, fut attaqué d’une fièvre adynamique ; six mois après sa guérison, il lui survint une dartre à l’articulation de la jambe avec le pied, laquelle ne s’est point guérie. Il y avait six mois qu’il en était affecté lorsqu’un matin, en s’éveillant, il s’aperçut qu’il avait perdu tous les cheveux, les sourcils, les cils, les poils des narines ; il en fut de même de la barbe, des poils des aisselles et des parties génitales. Depuis lors les poils ne sont plus revenus, bien que la santé soit bonne.

Excroissances cornées. Il est des cas où les éminences cornées qui naissent à la peau, sont d’une consistance plus dure que de la corne même, et ont beaucoup d’analogie avec les griffes des chats, des éperviers ou autres oiseaux carnassiers. Il est superflu de reproduire ici tout ce qu’on a publié dans les livres à ce sujet. Une demoiselle très-pieuse est atteinte dans ce moment d’une semblable ichty-ose ; elle fait tous ses efforts pour dérober aux regards des curieux une maladie aussi rare que surprenante, parce qu’elle rougit d’en être affectée. Les excroissances cornées ressemblent à des ergots de coq, et se trouvent disséminées sur l’abdomen, le pubis, les extrémités supérieures et inférieures, etc. Elle croit que cette maladie est une affliction de la providence, et ne veut tenter aucun remède pour se guérir.

Enfin, il est des excroissances cornées qui doivent constituer une variété très-remarquables. Elles sont communément en très-petit nombre ; le plus souvent même, il n’y a qu’une excroissance unique sur la peau, qui paraît absolument conforme aux cornes du bélier. J’ai observé, pour mon compte, quelques exemples de cette variété qui est surtout commune chez les vieillards ; telles étaient, par exemple, ces deux végétations cornées et cylindriques que nous avons observées à l’occiput d’un mendiant qui était venu se faire traiter d’une dartre à l’hôpital Saint-Louis. Telle était aussi celle dont j’ai déjà fait mention, et qui fut recueillie par M. le docteur Gastellier, sur une très-vieille femme ; elle était située à la partie inférieure du temporal gauche. Cette végétation, profondément enchâssée dans le derme, n’avait contracté aucune adhérence avec la propre substance de l’os : on la coupa à plusieurs reprises, et toujours on remarqua qu’elle se reproduisait ; on observa néanmoins, dans les dernières coupes que l’on pratiqua, que cette production était d’une nature moins compacte et moins parfaitement organisée que les précédentes. M. Rigal m’a fait parvenir en dernier lieu les échantillons de deux cornes humaines, prises sur deux individus différents, dont l’une était située sur la partie moyenne de la première pièce du sternum, et l’autre à côté de la première tubérosité de l’ischion. On m’a souvent parlé d’une jeune fille de Dinan, qui a vu se manifester plusieurs cornes sur différents endroits de sa peau ; ce qu’il importe surtout de bien observer dans la contemplation des ichtyoses cornées, c’est qu’elles n’entraînent aucune infirmité intérieure ; c’est que les individus qui en sont atteints jouissent d’ailleurs d’une santé vigoureuse et régulière : ils voyagent, s’assujettissent à des travaux pénibles sans inconvénients. A l’époque annuelle où la plupart subissent une desquamation universelle, ils ne sont pas sensiblement plus incommodés que de coutume. leur visage annonce une bonne complexion ; ils sont d’ailleurs bien conformés ; les fonctions assimilatrices ne subissent aucune altération, etc. Il est vrai qu’il n’en est pas de même dans toutes les ichtyoses, et que certains de ces malades sont quelquefois rachitiques. (Extrait du grand ouvrage de M. Alibert, sur les maladies de la peau).

Anomalie d’une fièvre quarte. Mon ami, le docteur Duval, m’a fait voir, à l’hôpital militaire de Bruxelles, un soldat atteint d’une fièvre quarte qui présentait une anomalie très-rare : la période des frissons, dit le docteur Duval, dans son excellent recueil d’observations médico-chimiques, dure à peu près deux heures et n’est caractérisée que par une violente contraction spasmodique de tout le système musculaire de la moitié perpendiculaire du corps. Cette contraction est plus sensible dans les muscles des extrémités, des yeux, de la face, ce qui donne au malade un aspect hideux. Les périodes de chaleur et de sueur n’ont lieu que très-faiblement, et font cesser l’affection spasmodique. Mais ce qui mérite une attention particulière, c’est que les parties qui ont été attaquées pendant un accès, ne le sont pas dans l’accès subséquent ; de sorte que chaque moitié du corps alterne avec chaque accès. Il y avait quatorze mois que cette fièvre durait, sans qu’il y eût de variation dans le mode des accès. Le malade sortit de l’hôpital, et nous n’avons pu, ni Duval, ni moi, observer la suite de ce phénomène.

Maladie pédiculaire. Voici l’histoire d’une maladie pédiculaire qui m’a paru tellement curieuse, que j’ai cru devoir l’extraire, toute entière, du Journal de médecine où elle se trouve consignée : c’est M. Marchelli, chirurgien, membre de l’Institut de Gênes, qui en a publié l’observation dans les Mémoires de la Société Médicale de Gênes. Une femme, âgée de quarante-neuf à cinquante ans, douée d’un tempérament robuste et d’une grande vivacité, mère de onze enfants, n’ayant jamais eu d’autres maladies que de fréquents érysipèles, et trois fausses couches, gagna des poux en se servant d’un peigne qui ne lui appartenait pas. Elle fit usage de cévadille, moyen qui lui avait déjà réussi plusieurs fois ; mais les insectes, au lieu de mourir, se multiplièrent à un tel point qu’on était forcé de les lui chercher plusieurs fois le jour ; et, quoiqu’on en détruisit chaque fois six à sept cents, le soulagement était à peine sensible. Ils se multiplièrent encore par la suite, offrant une grande diversité de couleurs; il y en avait de blancs, de gris, de noirs, de rougeâtres, de jaunâtres, et la plupart étaient très-petits. Cette dame fit usage de tout ce qu’elle imagina être capable de détruire de pareils insectes, sans pouvoir s’en délivrer. Le peigne ne les enlevait pas ; il fallait absolument les prendre avec les doigts. Les remèdes, comme la décoction de tabac, le vinaigre, etc., les faisaient fuir sur la peau du reste du corps, au lieu de les tuer. La malade avait des cheveux très-longs et très-épais, elle en fit le sacrifice ; les ciseaux ne purent pas suffire, on se vit obliger de recourir au rasoir. Pour obtenir quelque tranquillité, on rasait la tête, à contre poil, tous les deux jours. Le soulagement fut d’abord sensible par la continuation de ce moyen, mais bientôt la malade trouva quelques-uns de ces insectes dans son lit ; deux jours après, elle en découvrit quelques petits au pubis.

Enfin, en avril 1799, elle reconnut qu’ils sortaient par l’anus. Elle consulta un médecin qui lui ordonna des lavements avec la décoction de mauve et quelques gouttes de vinaigre camphré, au moyen desquels les poux sortirent en grande quantité avec le mucus des intestins. Ces évacuations étaient accompagnées de coliques. Des clystères oléagineux et calmants procurèrent un sommeil plus tranquille et diminuèrent la quantité des insectes. La malade impatiente, consulta le chirurgien en chef de l’armée française, en Italie, qui prescrivit l’usage du mercure. Les frictions faites avec le muriate suroxygéné de mercure, au lieu de détruire les poux, les firent sortir par milliers, tantôt gros, tantôt petits, et tous se dirigeaient vers les lombes où ils se fixaient, au grand tourment de la malade qui en était dévorée.

A cette époque, on s’aperçut qu’un grand nombre de ces animaux montait jusqu’aux épaules et s’y fixaient, ainsi que sur le cou. Un nouveau médecin prescrivit l’usage des pilules de musc et de camphre, fit mêler beaucoup d’ail aux aliments, et conseilla d’en tenir dans la bouche, et de mâcher quelque substance fortement aromatique ; en même temps, qu’il recouvrait les parties qui recélaient la vermine, avec une sorte de mastic. Ce traitement parut soulager pendant quelques jours, mais bientôt les accidents reparurent dans toute leur violence. De temps en temps, la malade ressentait un prurit considérable accompagné de gonflement ou d’inflammation, ou vers l’anus, ou vers les lombes, et la tête s’affectait alors sympathiquement.

Quelque temps après l’usage du sublimé, on s’aperçut que l’oreille donnait issue à ces sortes d’insectes, et bientôt ils en découlèrent, pour ainsi dire, en grande quantité que de l’anus. Les frictions de térébenthine occasionnèrent un érysipèle grave, qui s’étendit à toute la face, au cou et à la partie supérieure du thorax. Les remèdes actifs qu’on mit en usage depuis, procurèrent, comme les précédents, une éruption considérable de ces animaux par l’anus : ils se rassemblèrent en si grand nombre autour de cette partie, qu’il y survint une inflammation intense. La malade, désespérée, fut chercher du soulagement auprès des médecins de Gênes ; M. Marchelli, curieux d’observer une maladie si rare et si extraordinaire, s’arma d’abord d’une loupe pour examiner scrupuleusement la peau ; il renouvela ses recherches à différentes heures du jour, et jamais il ne put découvrir ni ulcères, ni croûtes, ni boutons, ni rien qui soit capable de contenir ou de protéger les œufs de ces petits insectes, soit sur la surface du corps, soit sur l’anus, soit aux oreilles : soumettant ensuite à l’épreuve du microscope, les divers insectes qu’il trouvait, il n’aperçut aucune différence entre eux et les pediculi humani de Linné. Enfin il les enveloppa d’une grande quantité de remèdes, pour connaître celui qui serait plus propre à les détruire ; mais cette expérience n’eut aucun résultat satisfaisant. On essaya d’introduire la vapeur de tabac dans l’anus et les oreilles ; pendant son administration, la malade ressentit un froid désagréable dans l’oreille, et, le lendemain, elle éprouva une anxiété générale et une démangeaison considérable sur toute la peau ; il lui semblait en même temps qu’elle avait un millier de fourmis dans le cerveau, et ce phénomène finit par altérer sa vue. Cependant, comme le nombre des insectes diminuait, on continua ce moyen quarante jours, mais sans succès ; car on ne l’eut pas plutôt interrompu, qu’on vit ces insectes sortir encore en plus grand nombre que jamais et beaucoup plus gros que par le passé.

Si, par une cause quelconque, le nombre des poux diminuait par l’anus, les oreilles en rendaient une plus grande quantité ; si l’un de ces organes semblait se tarir, l’autre devenait une source tellement abondante, qu’il en rendait nuit et jour avec profusion. Dans l’intervalle de ces alternatives, la malade éprouvait une anxiété générale et une sorte de prurit douloureux dans la région lombaire. Elle avait appris, par une longue et fâcheuse expérience, que les moyens de faire cesser de tels accidents étaient ceux qui chassaient les insectes à l’extérieur. En effet, aussitôt qu’elle avait réussi à les attirer hors de l’anus, elle était soulagée. Ces éruptions, lorsqu’elles étaient un peu considérables, se trouvaient constamment précédées d’un spasme des viscères du bas-ventre. La malade maigrissait considérablement ; on la mit à l’usage des toniques, mais l’affection principale se montra constamment rebelle.

Il est à regretter que l’auteur de cette observation n’ait pas spécifié la date de l’invasion de la maladie, afin que le lecteur puisse en connaître la durée jusqu’au jour où M. Marchelli a cessé de voir la malade. Il serait curieux de savoir ce qu’est devenue cette infortunée ; on s’étonne que parmi tous les moyens employés par les divers médecins qui ont été consultés, on ne trouve pas l’usage des bains, particulièrement les bains alcalins, les bains sulfureux, et l’usage intérieur du quinquina. J’ai donné des soins, il y a quatorze ans, à une dame atteinte, à la suite d’un accouchement laborieux, d’une maladie pédiculaire dont voici succinctement l’histoire extraite d’un Mémoire que j’ai publié dans les Actes de la Société de Médecine de Bruxelles, en l’an 8 : le vingtième jour après l’accouchement, onze jours s’étant écoulés depuis que nous avions cessé nos visites, cette dame nous fit appeler ; nous la trouvâmes assise auprès de son feu, dans l’attitude de la souffrance. Elle était maigre, décolorée, son enfant, desséché, respirait à peine (elle le nourrissait). La malade nous dit que, depuis huit jours, elle était excédée par un mal de tête qui la privait d’appétit et de sommeil ; elle implorait ou quelque soulagement ou la mort. Il s’exhalait de sa tête, qu’elle tenait enveloppée, une odeur cadavéreuse ; nous la découvrîmes et nous vîmes que les cheveux étaient remplis de pus et garnis d’une innombrable quantité de poux gros et blancs. Cette dame s’était empressée de couvrir sa tête à l’invasion des premières douleurs qu’elle y avait ressenties, et depuis huit jours, elle n’osait se décoiffer, se croyant atteinte d’une affection rhumatismale. Le cuir chevelu était extrêmement tuméfié, il régnait entre lui et le péricrâne un foyer universel de suppuration. Plusieurs trous profonds laissaient sortir le pus et les poux dont la malade était dévorée. La quantité de des insectes était prodigieuse. Jamais maladie ne nous inspira plus de dégoût que celle-là. Les cheveux furent coupés ; une dissolution de savon dans une infusion de sureau fut ordonnée pour bien laver les plaies, et des linges qui en étaient imbibés étaient appliqués en fomentation sur la tête. Une décoction saturée de quina fut conseillée pour boisson, la malade prit des aliments légers et fortifiants, et du bon vin de Bordeaux. Huit jours suffirent pour la guérir, ainsi que son enfant.

Cette dame était excessivement propre, elle s’était peignée avant et après ses couches. D’où avaient pu naître les redoutables insectes qui avaient pullulé avec tant de progrès et qui l’auraient infailliblement fait mourir, si elle eût tardé plus longtemps à réclamer nos soins?

Voici un cas aussi singulier qu’important à faire connaître. Un enfant de neuf mois, était tombé au dernier terme d’émaciation et d’atrophie, par suite d’une démangeaison continuelle des paupières, qui le privait du sommeil. Les paupières étaient gonflées, œdémateuses. L’impression de la lumière ne causait pas de douleurs ; on voyait sur la sclérotique de petits points rouges qui semblaient y faire saillie. M. le professeur Chaussier ayant aperçu sur l’oreiller et sur le berceau des petits points semblables, en recueillit plusieurs, et il reconnut, à leurs mouvements, que c’étaient des petits cirons semblables à ceux qui tourmentaient l’enfant. On changea le berceau, on appliqua sur l’œil du petit malade un emplâtre mou dans lequel entrait un peu de mercure. On lava les yeux avec un collyre qui en contenait de suspendu à l’aide de la gomme arabique, et par le concours de ces soins, l’enfant fut promptement rétabli.

Cet article paraîtra fort long aux personnes qui se borneront à en compter les pages ; celles qui le liront jugeront qu’il est loin de renfermer tout ce qu’il y avait à dire sur une matière aussi intéressante que celle qui embrasse les cas rares. Je dirai aux premières, que l’abondance des faits, leur importance, la nécessité d’en présenter le tableau, ne m’ont pas permis d’être plus laconique ; et aux autres, que les bornes d’un article qu’il aurait été inconvenant de trop excéder. Si quelques suffrages ne sont pas refusés à ce travail, je le poursuivrai, et profiterai des matériaux que j’ai réunis pour composer un essai plus complet sur les cas rares.

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