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La Légende des Varpouilles

et

Alexandre prince des Cocos.

de Bidô-Nan (Jacques Heugel dans la vie sublunaire)

Pile : Alexandre, côté face : La Légende

La Légende des Varpouilles
ou
le Pléiosaure en fureur
Adaptation en vers français du poème jurassique
transmis à la postérité par le Saint à Fillâtré.
 
Aucun lettré n'ignore qu'au XIV° siècle, le Saint à Fillâtré, sur la vie et les œuvres de qui M. Dagonet Boni a écrit une intéressante notice, découvrit, par un hasard miraculeux, un manuscrit d'une valeur inestimable qu'il reconnut appartenir à l'époque jurassique.
...On n'avait alors, sur les être des périodes primitives ou préhistoriques, que des notions imparfaites ou fausses, et les sapientes gens échafaudaient à ce propos les hypothèses les plus absurdes, sans fondement aucun. La découverte de ce manuscrit devait ouvrir, avec une ère nouvelle, la voie aux recherches paléontologiques.
...C'était, en sept chants et dans la forme épique, l'histoire du combat que soutinrent en des temps légendaires les sept apôtres du bien (les Varpouilles) contre les sept puissances du mal ; ils en triomphèrent après une lutte furieuse, dont les actuels conflits de peuples ne donnent qu'une bien faible idée.
...Il faut admettre chez les grand Saint un véritable dédoublement de l'âme pour comprendre comment il parvint à s'assimiler si complètement une philosophie plus abstraite et une poésie plus "ultra-violette" que celle de l'antique Orient. Et il faut bien croire à une intervention mystique, car le sens profond du poème jurassique n'était pas adéquat aux ordinaires facultés humaines.
...Toujours est-il que cet admirable illuminé édifia sur ces bases surhumaines une véritable religion, dont l'essence est tout entière infuse dans les Acâpissements Mystiques et le Catéchisme d'un Acâpi.
...Bornons ici cet historique trop sec et trop bref. Il suffit pour montrer au lecteur qu'aucune traduction en français de la Légende des Varpouilles ne peut être retenue jusqu'ici. Il fallait une certaine hardiesses pour oser en entreprendre une en vers : notre illustre ami l'a tenté et y a réussi avec une telle maîtrise que je doute qu'aucun aprsè lui s'amuse à enfoncer une porte ouverte. En des vers harmonieusement ciselés, il est parvenu à suivre la pensée du poème jurassique, jusqu'en ses nuances les plus ténues ; l'œuvre qu'on va lire, vrai régal de lettré et de savant, demeurera éternellement comme un monument irrégragable élevé à l'art balámite par le génie français.
Rémy Bouchette,
 
de l'Institut.
(René Le Bozec dans la vie sublunaire.)
extraits de la Légende des Varpouilles :
A la table royale, on parlait, on jappait,
On avait de charmants sourires ; les prunelles
S'humectaient. C'est si beau, ces gloires fraternelles,
L'alliance bourrue et l'élégant courroux !
On mangea des serpents des blés, des kabarous
En marmelade, des crénons incalculables.
On but des liqueurs d'ambre ayant, au préalable,
Dormi quatre-vingts ans dans les celliers hautains ;
Et, les vins étant blancs, les pots étaient d'étain.
Au dessert, la Fantasque, ayant levé son verre,
Parla ainsi, tantôt drôle, tantôt sévère :
"Les sombres tigres, — je veux dire les Barbaks, —
Si l'on ne leur répond, Messieurs, du tac au tac,
Menacent d'engloutir les plus belles murailles.
L'un (dit-elle avec un sourire), l'un nous raille ;
L'autre sur un fauteuil met son linge à laver ;
Celui-ci croit avoir tout dit quand, l'œil crevé,
Il a gémi : "Je suis le réservoir des moules."
Mais ne croyez-vous pas, Messieurs, et vous, ô foules,
Qu'ils ont, un petit peu, oublié, — les gredins ! —
Que, malgré la bénignité de leurs jardins
(Ici l'on rit beaucoup), nous avions dans nos cribles
Des arrosoirs de nacre et des paniers terribles ?"
(Sensation.) "Oh ! oh ! s'exclama-t-elle alors,
Il faut qu'ils aient vraiment juré d'être bien forts
Pour oser se permettre un tel dévergondage !
C'est à peine jadis si, quand ils étaient d'âge
A chanter, ils ôtaient devant nous leurs chapeaux.
Puis ils prirent des airs arrogants ; sur leurs peaux
De chamois ils portaient les plus nobles insignes ;
On voyait sur leurs reins les plumages des cygnes.
Maintenant on croirait que nous n'existons plus !
Nains, Cocos, Korns et Föf-Zérébuyls sont exclus
De leurs fêtes ; pour nous, les Varpouilles, sans doute
Ils sont un peu moins noirs et moins laids : ils redoutent,
Voyez-vous, les poisons dont nos balais sont teints.
Mais, à considérer les pas qu'ils font, mâtin,
Messeigneurs ! ils auront tout fait bouillir et frire
Avant que l'on ait eu même le temps d'écrire !
Ah ! crescendo sinistre et déconcertant !"
Tous
Les convives se regardèrent, et les trous
De leurs yeux avaient l'air de gouffres d'épouvante.
On entendait voler les tribizzes. Savante
Dans l'art d'électriser les foules et les rois,
La Fantasque reprit sur un ton calme et froid :
"Tout cela serait vrai si, bien impardonnables,
Nous n'avions pas vu clair dans leur jeu. Quand ces tables
Ne porteront plus aucun mets, nous irons voir
Les machines de guerre, et malgré tout, l'espoir
Le plus profond naîtra dans vos cœurs magnanimes.
Car notre expérience est grande, et votre estime,
Nobles amis, je crois que nous la méritons."
Cela fut dit avec un air de mironton
Qui fit que tous enfin respirèrent à l'aise.
Dès que tout eut été mangé, la terre glaise,
Les Kabiris sucrés, les archéoptéryx,
Les trilobites d'or, les mélanges d'onyx
Et de monocotylédones, les monères
Enfin et les capilotades centenaires,
Que tout fut bu, la seccotine, l'argouzac
Et les eaux de javel qu'on servait en des sacs, —
Tous allèrent au grand garage où les machines
Guerrières prélassaient leurs rugueuses échines
"Splendeur !" dit en entrant la princesse des Korns.
Puis, prise tout à coup par le dieu Maligorn
Qui se plaît à gonfler les poumons élastiques :
"Aïaschoûhh ! cria-t-elle en syllabes antiques,
Ils sont foutus, les noirs Barbaks ! ils sont foutus,
Les noirs Barbaks ! Approche, ô Fille-des-Vertus.
Explique-moi ces belles choses, ces lobures
Huileuse, ces goushops aux traînantes guipures,
Ces grands xide-anisaux bien tarabiscotés...
Tout m'intéresse, tout m'enthousiasme ! Té !
Ma bonne ! ce n'est pas une époque vulgaire
Que celle qui peut voir ces machines de guerre !
Cela m'enchante d'être en un lieu si grincheux !"
Alors, avec cet air tant oléagineux
Qui la fit remarquer plus tard des Zéloÿtes,
La Fille-des-Vertus, tressaillant des orbites,
Expliqua pour chacun le mécanisme et les
Subtilités des instruments bien étalés.
On s'arrêta surtout devant la Grande Bourde,
C'était un assemblage irresponsif et gourde
De disdoptqedvs, de qjimotoqjes, de vjiessys
Et de Doppaîvs, fuligineux, incirconcis,
Bestial, si l'on veut, mais combien pathétique !
Tous furent bien heureux de voir, comme un triptyque,
Tourner les trois barnavs autour des quatre zrogs.
Bayoûl, tout en prenant avec grâce un vieux grog,
Exprima la satisfaction des convives :
"C'est, dit-il, le plus beau des renversements ! Vivent
Les Varpouilles ugénivores, les vaillants
Redresseurs, les purs assembleurs émollients !
Gloire aux Varpouilles aux beaux noms, ces constructrices
De merveilleux atours que nuls temps ne flétrissent !"
Tous répétèrent : "Gloire aux Varpouilles!"
Ainsi
Se termina ce grand banquet si peu moisi.
Sixième excentricité
La lutte occigênée
La plaine était profonde et le ciel était vaste.
Comme l'ichtyosaure en sa fureur dévaste
Le funèbre plateau qui vit naître Hyogap,
L'orage trémoussait sur la lande et le cap
Les cyclones issus de sa panse bourrue.
Baratourouff s'élance et Moshilob se rue.
Moshilob est pour les Barbaks, Baratourouff
Pour les Varpouilles.
Revêtu d'un waterproof,
Le roi Bayoûl, errant sur la plaine terrible,
Cherchait, tout en fumant sa pipe inérectible,
Un lieu sûr où placer ses chers Föf-Zérébuyls.
Mais les Barbaks, me direz-vous, où donc sont-ils ?
Regardez tout au fond de l'horizon de cuivre :
Par delà la noirceur que nul œil ne peut suivre,
Vous voyez des points noirs infinitésimaux.
Ce sont leurs affreux pieds, leurs sabots de grimauds,
Qui font des taches sur le ciel ! Les sombres diables !
Tout le reste est caché dans la nue effroyable.
Ashou ! barting ! piyân ! Clartés sur la hauteur.
Voici venir, avec un bruit dévastateurs,
Les Nains, les Korns et les Cocos. Grognante armée !
Leurs boucliers sont bruns, leurs armes sont lamées,
Leurs ceinturons ont l'air d'être les ronds de Qrokh.
Sè-Pokèk, plus joli, plus ravissant qu'un roc,
A le commandement de ces trois grandes foules.
L'ombre s'enfle à l'entour comme de larges houles,
Car toute la nature est en proie au combat.
C'est horrible, mais c'est fameux ! Du haut en bas,
C'est un tumulte, une folie orthopédiques.
...............................

 

Bidô-Nan (Jacques Heugel dans la vie sublunaire)
 
Alexandre prince des Cocos, ou un amour distordu.
 
(Un drame anéantissant, dit l'auteur) extraits :
 
Acte IV
La suprême tentative
La scène représente un coin du plateau d'Hyogap. Site âpre, farouche. Peu de végétation. Au premier plan, à droite, dans la paroi rocheuse, l'entrée, assez large, d'une grotte. Vers le fond, le sol s'élève en un monticule hérissé de rochers aigus. De là, l'œil peut, sans doute, embrasser toute l'étendue du plateau d'Hyogap. Au fond, à gauche, on aperçoit une petite portion de ce qui deviendra le champ de bataille. Pendant tout l'acte, un grand bruit emplit les airs : cyclones variés, fracas lointain, cliquetis d'armes, et la multitude des rumeurs sui generis.
Scène I
Bayoûl, Phonogaste, une troupe de soldats fóf-zérébuyls.
Ce n'est pas encore le jour. Bayoûl entre par la gauche. Il est suivi d'une soixantaine de soldats fóf-zérébuyls commandés par Phonogaste. Il a la pipe à la bouche, un waterprooof sur les épaules.
Bayoûl, à Phonogaste.
Votre troupe sera céans en sûreté.
Vous attendrez ici l'ordre du sam Hulté.
Phonogaste.
Bien sire.
(A ses hommes :)
Pas de bruit.
Il les fait pénétrer dans la grotte.
Bayoûl.
Suivez-moi, Phonogaste.
Suivi de l'officier, Bayoûl gravit l'éminence. Du sommet, il considère l'immense étendue déserte qui commence à pâlir aux premiers reflets de l'aube. Il s'écrie :
Que la plaine est profonde et que le ciel est vaste !
C'est ici que naquit le sinistre Hyogap.
Troupkina fait bondir sur la lande et le cap
Les cyclones issus de sa panse bourrue.
Baratourouff s'élance et Moshilob se rue.
Moshilob est pour les Barbaks, Baratouff
Pour les Varpouilles.
(A Phonogaste :)
Vîtes-vous mon waterproof,
Phonogaste ? Il est tout à fait imperméable.
Phonogaste.
Sire, c'est un très beau waterproof, agréable
A porter par un temps pareil.
Bayoûl.
Oui.
(Après un moment :)
Le combat
S'annonce crapouillard, et, du haut jusqu'en bas,
Le monde entier sera bousculé. Tout indique
Que ce tumulte fou va être orthopédique.
Comment en pourrait-il être autrement ? Il est
Des moments dans l'histoire anthropique où le laid
Et le beau, le mauvais et le bon, l'illusoire
Et le réel sont tellement contradictoires
Que seul un grand combat où tout être est mêlé
Est capable de rétablir l'ordre troublé.
C'est bien un tel combat qui ce matin s'engage.
Phonogaste.
Voyez, sire, là-bas... tout là-bas... Quel langage
Pourrait décrire un tel spectacle ? Les hauteurs
S'éclairent. Regardez : voici, dévastateurs,
Les Nains, les Korns et les Cocos. Grognante armée !
Leurs boucliers sont bruns, leurs armes sont lamées,
Leurs ceinturons ont l'air d'être les ronds de Qrokh.
Bayoûl.
Sè-Pokèk, plus joli, plus ravissant qu'un roc,
Caracole à leur tête, à quelque cent semelles,
Monté sur un superbe iguanodon femelle.
Ce cher Pokèk ! qu'il est luisant ! qu'il est cossu !
Qu'il est chic !
Phonogaste.
Il a mis son plus beau pardessus.
Bayoûl, rêveur.
Je n'oublierai jamais le jour où, non moins sage
Que brave, il vint à bord de ma Fleur de Corsage...
Il regarde de nouveau.
Martingale le suit. Sa robe de satin
Reflète la splendeur charmante du matin ;
Belle, à califourchon sur un ptérodactyle
Qui fait cliquetiquer ses ailes de reptile,
Radieuse et plus claire à chaque pas qu'il fait
Vers la gloire indicible et le succès parfait,
Elle est l'expression de l'immortelle vie
Chevauchant noblement la matière asservie.
Les bataillons ont l'air d'étoiles dans les cieux.
Le trésor des soleils, le pur, le glorieux
Biey-Fuyr dont l'astronome explore en vain l'abîme,
N'a pas tant de lumière agile, est moins sublime
Que ces gros bataillons en fleurs, purs de tout trac.
Phonogaste.
Oh ! sire, le brouillard se lève sur le lac
Des Tribizzes... Voilà votre yacht !
Bayoûl.
Qu'il me tarde
D'être à son bord ! Voyez resplendir ses bombardes
Et ses choux-fleurs d'étain, tout de neuf astiqués !
Phonogaste.
Quel élégant beaupré !
Bayoûl.
C'est du contreplaqué.
Tous deux contemplent l'admirable spectacle.
Phonogaste.
Mais me direz-vous, sire, où sont les Barbaks ivres ?
Bayoûl.
Regardez tout au fond de l'horizon de cuivre :
Vous voyez ces points noirs infinitésimaux ?
Ce sont leurs affreux pieds, leurs sabots de grimauds
Qui font des taches sur le ciel !
Phonogaste.
Les sombres diables !
Bayoûl, après un temps, redescendant.
Je descends dans la plaine. Il est indispensable
Que je dise deux mots au sam Étroupiñon.
Phonogaste.
Vous suivrai-je, Seigneur ?
Bayoûl.
Non ; pour tout compagnon
J'emporterai ma bonne pipe inérectible.
Il sort par le fond gauche. Phonogaste le regarde s'éloigner, puis pénètre dans la grotte.
 
 
 
 
 
extraits des Extraits de la presse :
Du Ptérodactyle tétraèdre.
Non moins cosmique se dresse le fnatôme — plutôt ectoplasme — de la Géante, qui s'orne, dans l'ombre bientôt croulante, d'un organe chantant de lumière radiesthésique. Je voudrais cerner davantage mon concept. La géante est une ouverture sombre du firmament, un " sac à charbon" troublant, et pourtant tout de bonté. S'y oppose cet autre fantôme, Poisson-d'Oiseau (nom plus que caractéristique), qui semble d'édredon. Kuyte la piquante n'attaquera jamais Poisson-d'Oiseau ; c'est une des vérités laissées — divinement absconses par le poète. Poisson-d'Oiseau n'a rien à redouter de la reine des Korns. Je n'en dirai pas autant de l'officier coco ! N'est-ce pas que cela se sent ? ...Nous avons dans ce drame de la vie nettement prcécisée, mais sans que jamais soit abolie la vie pénétrante et orbitante (et, même, exorbitante) de ce qui ne se peut nommer sans qu'on l'outrage secrètement. (Opportune Anophèle.)
Du Comprimé latin.
Évidemment, c'est jurassique et, par conséquent, pré-celtique ; mais, par certains points, c'est sacrément latin, n'en déplaise à l'auteur ! Gherlânn est un Néron de la première heure ; son palais, c'est un pré-Colisée. D'autre part, Racine se retrouve — joliment d'ailleurs — dans Kuyte (une Bérénice qui cherche désespérément un introuvable Titus) et, l'oserai-je noter ? dans ce Phumié qui est un Thésée aigri de n'avoir pas à combattre de Minotaure.
(Joseph Tartebourde, de l'Académie Française.)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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